Page:Pergaud - La Guerre des boutons, 1912.djvu/141

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


CHAPITRE II

FAULTE D’ARGENT, C’EST DOLEUR NON PAREILLE


Toustefois, il avoit soixante et trois manières d’en trouver toujours à son besoing, dont la plus honorable et la plus commune estoit par façon de larrecin furtivement faiet.
rabelais (livre II, chap. XVI).



Cela pinçait sec, ce soir-là. Il faisait un temps clair de nouvelle lune. La fine corne d’argent pâle, translucide encore aux derniers rayons du soleil, prédisait une de ces nuits brutales et franches qui vous rasent les feuilles, les dernières feuilles, claquant sur leurs branches désolées comme les grelots fêlés des cavales du vent.

Boulot, frileux, avait rabattu sur ses oreilles son béret bleu ; Tintin avait baissé les oreillères de sa casquette ; les autres aussi s’ingéniaient à lutter contre les épines de la bise ; seul, Lebrac, nu-tête, tanné encore du soleil d’été, la blouse ouverte, faisait fi de ces froidures de rien du tout, comme il disait.