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la guerre des boutons


– Cette après-midi ? reprit Tintin, l’air vague, cherchant à rassembler ses souvenirs.

– Fais pas la bête, nom de Dieu ! s’exclama le père, ou je te calotte, sacré petit morveux, t’avais des boutons cette après-midi, puisque tu en as perdu une poignée en classe ; le maître vient de me dire que tu en avais plein tes poches ! Qu’en as-tu fait ? Où les avais-tu pris ?

– J’avais pas de boutons ! C’est pas moi, c’est… c’est Lebrac qui voulait m’en vendre contre une image.

– Ah ! pardié ! fit la mère ! C’est donc pour ça qu’il n’y a jamais plus rien dans ma corbeille à ouvrage et dans les tiroirs de ma machine à coudre ; c’est ce « sapré » petit cochon-là qui me les prend : on ne trouve jamais rien ici, on a beau tous les jours acheter et racheter, c’est comme si on chantait, ils en voleraient bien autant qu’un curé en pourrait bénir ! Et quand ils ne prennent pas ce qu’il y a ici, ils déchirent ce qu’ils ont sur le dos, ils cassent leurs sabots, perdent leurs casquettes, sèment leurs mouchoirs de poche, n’ont jamais de cordons de souliers entiers. Ah ! mon Dieu ! Jésus ! Marie ! Joseph ! qu’est-ce qu’on veut devenir avec des « gouillands » comme ça !

– Mais qu’est-ce qu’ils peuvent bien faire de ces boutons ?

– Ah ! sacré arsouille ! Je vais t’apprendre un