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la guerre des boutons


tombaient sur le râb’e et ils leur foutaient des peignées, des peignées ! ah, quelles peignées !

« À toutes les foires de Vercel, de Baume, de Sancey, de Belleherbe, de Maîche, sitôt qu’ils avaient bu un petit coup, ils se reprenaient de gueule et pan ! aïe donc ! Ils s’en foutaient, ils s’en foutaient jusqu’à ce que le sang coule comme vache qui pisse, et c’étaient pas des feignants, ceux-là, ils savaient cogner. Aussi, pendant deux cents ans, trois cents ans peut-être, jamais un Longeverne ne s’est marié avec une Velrans et jamais un Velrans n’est venu à la fête à Longeverne.

« Mais c’était le dimanche de la fête de la Paroisse qu’ils se retrouvaient régulièrement. Tout le monde y allait en bande, tous les hommes de Longeverne et tous ceux de Velrans.

« Ils faisaient d’abord le tour du pays pour prendre le vent, ensuite de quoi ils entraient dans les auberges et commençaient à boire pour se mettre « en vibrance ». Alors, dès qu’on voyait qu’ils commençaient à être saouls, tout le monde foutait le camp et se cachait. Ça ne manquait jamais.

« Les Longevernes allaient s’enfiler dans le « bouchon » où étaient les Velrans, ils mettaient bas leurs vestes et leurs « blaudes » et allez-y, ça commençait.

« Les tables, les bancs, les chaises, les verres, les bouteilles, tout sautait, tout dansait, tout volait,