Page:Petitot - Collection complète des mémoires relatifs à l’histoire de France, 2e série, tome 57.djvu/100

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DU MARECHAL UE GRAMONT. [16~~]

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même les lettres de M. Colbert, et les avis qu’on lui avoit envoyés de Hollande, il m’honora d’une embrassade bien tendre, et me dit que le maréchal de Gramont étant accablé de goutte à Paris, où il étoit resté, il n’avoit de ressource et de confiance qu’en moi, et qu’il falloit que je partisse sur-le-champ, et que je marchasse jour et nuit pour essayer de me rendre à Bayonne avant que la flotte des ennemis pût arriver au Passage, parce qu’il étoit persuadé que ma présence rectifieroit bien des choses, et qu’étant aussi accrédité et aimé que je l’étois dans la province, bien des gens me sachant à Bayonne se joindroient a moi, qui ne marcheroient pas pour M. le maire ; que du reste il me donnoit un plein pouvoir d’agir comme je l’entendrois, et que généralement tout ce que je ferois seroit approuvé de lui.

Le Roi me fit donner sur-le-champ une lettre de crédit sur Lyon pour y prendre tout l’argent dont je pourrois avoir besoin, de laquelle néanmoins je ne voulus pas me servir. Et comme Sa Majesté étoit persuadée (la flotte ennemie ayant déjà paru sur les côtes de Poitou) que je trouverois peut-être Bayonne investi, mon ordre étoit d’y entrer à quelque prix que ce fût, c’est-à-dire, en bon français, par la porte ou par la fenêtre. Après lui avoir embrassé les genoux, et assuré fortement que je ferois mon devoir, et que je n’oublierois rien de tout ce qui pouvoit lui marquer mon zèle et mon parfait attachement, je montai a cheval, et je me rendis de Dôle à Bayonne le sixièmejour. À la vérité, je ne dormis pas beaucoup par les chemins ; et les beautés de Montpellier, par où je passai, ne me retinrent pas plus que de raison. T. 5y. 7