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la chronique

heure de son indispensable compagnon, l’esprit d’indépendance, il s’est étiolé et ramassé. C’est là probablement un fait général. Les Français se sont souvent reproché à eux-mêmes de manquer d’initiative et ont cru y voir le motif de leur prétendue incapacité colonisatrice ; en réalité ce n’est pas l’initiative qui leur manque mais le sens et le goût de l’indépendance individuelle sans lesquels l’initiative ne donne jamais tous ses fruits.

Une dernière remarque relative à la force du lien provincial. Pendant presque deux siècles, toute la vie des Le Moyne reste confinée entre l’Amérique française et la Normandie. De Paris, il n’est pas question ; les autres provinces de France semblent inexistantes. Leur pensée se meut, leur effort s’accomplit au dedans d’un triangle dont Rouen, Québec et la Nouvelle-Orléans occupent les sommets. Et l’on sent néanmoins combien profonde est leur foi patriotique et quel écho superbe éveille en leurs cœurs le souci du renom de la France. Les Français possédaient à cette époque le germe d’un puissant fédéralisme en même temps que la certitude d’un patriotisme inébranlable. Qui sait si, en cultivant parallèlement ces deux éléments au lieu de les opposer