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histoire des exercices sportifs

son rôle et celui de ses collaborateurs dans l’édification du « système suédois », la préoccupation de la lutte contre la maladie s’y affirma avec force dès le principe ainsi que le souci d’éviter toute exagération et, partant, toute émulation violente. C’est dans cette voie que la gymnastique suédoise n’a cessé de se développer, réalisant de beaux progrès et accomplissant des cures remarquables, mais tellement opposée à sa voisine la gymnastique allemande que la bataille entre elles ne pouvait manquer de se produire. Le heurt survint vers 1862 ; il fut violent. Le capitaine Rothstein, qui commandait alors l’Institut de Berlin (École normale de gymnastique, à la fois civile et militaire, créée en 1851) admirait Ling. Il supprima la barre fixe et les barres parallèles. Scandale et indignation dans les rangs adverses. L’université prit part à la controverse. Des célébrités comme le professeur Virchow n’hésitèrent pas à intervenir et Rothstein fut disgracié.

Ce conflit a eu une grande importance ; il domine toute l’époque moderne. En effet, on y voit aux prises les deux tendances fondamentales dont la divergence ira s’accentuant au point de donner naissance à deux courants pédagogiques presque inconciliables ; l’un se dirigeant vers la modération, l’unification, l’intérêt collectif et la physiologie pure — l’autre vers l’effort passionné, la culture individuelle, l’« esprit de record ». Cette opposition, que nous avons vu s’esquisser déjà dans l’antiquité, a pris de nos jours une telle ampleur qu’elle a pénétré notre civilisation et s’étend peu à peu à tous les domaines.