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pédagogie sportive

les États-Unis s’en étaient détournés. Entre 1830 et 1860 on eût là-bas de tout autres préoccupations. L’éloquence débordait de toutes parts : prolixe et tonitruante chez les politiciens, sombre et maladive chez les agitateurs religieux. « L’éloquence, disait Daniel Webster, est la peste de ce pays. » Partout on parlait, on tenait des meetings et des revivals. Les étudiants déclamaient et versifiaient ; on faisait tourner et parler les tables, on fondait des sectes contre nature et des sociétés puérilement secrètes[1]. Dès le début de la Guerre de Sécession, tout changea. La fermeté, l’endurance et l’action reprirent leur prestige et, à partir de ce moment, les sports ne cessèrent de progresser. L’Université d’Amherst donna l’exemple en établissant, en 1861, un grand gymnase bien équipé. Les Allemands émigrés qui avaient commencé de former des Turnvereine en souvenir de la mère-patrie les unirent en une puissante North American Turnerbund. Les universités sans cesse enrichies par des legs et des donations[2] furent dotées de gymnases et de terrains de jeux perfectionnés cependant que des « camps de sport » s’établissaient chaque été dans les Adirondacks, groupant ceux qui souhaitaient mener pendant quelques semaines l’existence du cow-boy jadis méprisé et devenu le représentant d’une carrière enviée des petits Américains.

  1. À New-York en 1889, j’ai recueilli à cet égard le témoignage de deux survivants de cette époque, l’illustre général Sherman et le président de l’Institut technologique de Boston, le général Francis A. Walker.
  2. En dernier lieu on a vu M. Carnegie faire creuser à Princeton un grand lac artificiel afin que les étudiants pussent y ramer à l’aise.