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souvenirs d’oxford et de cambridge

La may-week approche : c’est la série des fêtes qui termine bruyamment l’année scolaire ; il y a des concerts, des régates et des bals dans les collèges. Ce soir, pour commencer, grand banquet du Carlton-club, sous la présidence de lord George Hamilton : il a lieu à l’hôtel de ville, et on portera des toasts politiques qui, dans l’université, auront autant de retentissement que le discours du Premier à l’installation du lord-maire. Dans quelques jours, le même local subira une transformation pour le bal des francs-maçons, durant lequel il y a un changement de costumes entre les principaux dignitaires. La franc-maçonnerie, qui compte pas mal d’étudiants dans ses rangs, a, en Angleterre, un caractère ouvertement conservateur.

À Trinity, quand le temps est beau, on délaisse, après le dîner, la Combination-room, pour aller jouer aux boules dans un ground situé entre le collège et les bâtiment voisins de Saint-John : il est réservé aux professeurs et aux fellows, qui aiment encore ce jeu antique si à la mode dans la vieille Angleterre : le parterre de gazon est entouré d’une muraille de verdure taillée avec une symétrie mélancolique. Le jardinier, qui est homme de goût, a saisi le caractère du lieu et tenté d’y réunir les fleurs qu’aimaient nos ancêtres : plantes longues et minces, très simples, avec de grosses pétales aux nuances éclatantes, s’alternant dans un dessin géométrique ; c’est une vraie restitution digne des costumes moyen âge qui se détachent sur ce paysage. Il ne manque que l’emploi de la langue latine pour compléter cette excursion dans le passé.

Miss Gladstone, fille du Grand old man, est vice-principale de Newham-college, l’un des deux lycées féminins que le sénat a reconnus par décret du 24 février 1881, en admettant leurs élèves à subir les épreuves finales. Newnham est hors de la ville, mais à une faible distance : cinq minutes de marche, après le petit étang ; on tourne à gauche et des deux côtés d’une route poudreuse paraissent les bâtiments. Le North hall est une assez jolie construction, élevée malheureusement dans un désert, et dont les briques rouges aimeraient à se détacher sur une fraîche et profonde verdure.

Miss Gladstone pousse la gracieuseté jusqu’à me faire elle-même les honneurs de son collège. Partout une peinture uniforme et des lambris de sapin. Quelques portes s’ouvrent pour me montrer des chambres d’étudiantes : la plupart égayées par des fleurs et des bibelots ; ce sont toujours de petites pièces, presque des cellules. Le réfectoire a une apparence de table d’hôte avec un petit cachet de tempérance ; on dirait la salle à manger d’un hôtel suisse perdu dans la montagne.