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souvenirs d’oxford et de cambridge


dont ordinairement, on n’est guère occupé à leur âge. « Ils sont ici, m’a dit un anglais, pour apprendre à dépenser, pour apprendre la vie. » Apprendre la vie, en France, cela veut dire faire la noce !

En dehors des flanelles multicolores, le goût de l’habillement est peu développé ; le chic est de ne pas en faire. Absence de selliers, c’est là une réforme égalitaire que nul décret sénatorial n’a accomplie, mais qui s’est faite d’elle-même sous la pression de l’opinion ; il y a beaucoup de très bons chevaux de selle à louer, et si les plus riches en ont à eux, ils les mettent en pension et vont les chercher sans tambour ni trompette ; on ne voit plus, comme jadis des livrées voyantes, des tandems et des four-in-hands.

Les relations de town à gown sont beaucoup moins tendues : il n’y a plus de chahut le soir dans les rues, et les batailles homériques ont cessé. L’autre jour, dans Trinity Street, trois larges fenêtres étaient ouvertes, et des groupes d’étudiants y chantaient à tue-tête un chœur que le piano accompagnait dans l’intérieur, concert pour rire exécuté avec le plus grand sérieux ; en bas, on s’attroupait à écouter, et à la fin on a applaudi bruyamment au milieu d’une folle hilarité.

Le hasard m’a conduit devant le Christ’s College, fondé en 1506, et reconstruit au dix-septième siècle. Milton y étudia et y planta un mûrier qui se porte très bien, mais que je n’ai pu arriver à rencontrer. En revanche, au Sidney Sussex, le collège d’Olivier Cromwell, j’ai pu contempler le buste de cet homme célèbre, exécuté par le Bernin. On m’a fait voir ce même jour le laboratoire de l’université : la physique, la chimie et surtout la mécanique y sont magnifiquement logées ; je constate que les étudiants mettent eux-mêmes la main à la pâte et apprennent à soigner les machines ; de grandes ardoises, couvertes de chiffres à la craie, tapissent les murs, et la vapeur s’échappe en fusant des tiroirs. Décidément on apprend de tout à Cambridge, il ne manque que l’enseignement agricole.

On étudie ici la théologie, les sciences morales et politiques, le droit, l’histoire, les sciences naturelles, la mécanique et les sciences appliquées, et enfin la musique : j’oubliais les langues orientales et la médecine. Il y a une différence à établir entre les pollmen (qui se contentent du degré ordinaire) et ceux qui travaillent pour les honneurs. Les programmes sont chargés et surtout les épreuves sont sérieuses ; il y a des examens qui durent huit et dix jours. À présent, la disparition de l’interrogation orale est un fait accompli. À Cambridge, elle était considérée comme une prime au hasard et une source d’injustices, et on semble unanime à ne lui reconnaître aucun avantage, mais, à Oxford, les professeurs pensent différemment.

Autorisé à jeter un furtif coup d’œil dans une salle où l’on composait, j’ai été surpris d’y voir fort peu de surveillants, des pupi-