Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/1030

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naître les qualités des choses que leur existence, [343a] à travers l’insuffisance de la raison. C’est cette même insuffisance qui empêchera toujours un homme sensé d’avoir la témérité d’ordonner ici ses pensées en une théorie, et encore en une théorie inflexible, comme cela peut avoir lieu pour des images sensibles. Mais revenons aux figures dont nous parlions. Chacun des cercles dessinés ou tournés, dont on se sert dans la pratique, est plein de contradictions avec le cinquième élément : car dans toutes ses parties on retrouve la ligne droite ; or, le cercle véritable ne peut avoir en lui-même, ni en petite ni en grande quantité, rien de contraire à sa nature. Nous disons aussi que le nom de ces figures [343b] n’est nullement invariable, et que rien n’empêche de nommer droit ce que nous appelons sphérique, et sphérique ce que nous appelons droit, et que, ce changement une fois fait en sens contraire de l’usage actuel, le nom nouveau ne serait pas moins fixe que le premier. Il faut en dire autant de la définition : elle ne peut rien avoir d’absolument invariable, puisqu’elle est composée de noms et de verbes très variables. Il y a donc mille preuves pour une que chacun des quatre éléments est fort incertain ; mais la plus frappante, c’est que des deux choses que nous venons de distinguer, l’être et les qualités, [343c] quand l’âme cherche à connaître l’être et non les qualités, nos quatre éléments ne lui offrent en théorie et en réalité que ce qu’elle ne cherche point, c’est-à-dire ce qui, tombant aisément sous les contradictions des sens, des mots et des images, ne remplit l’esprit de tout homme que de doutes et d’obscurités. Aussi, dans les choses pour lesquelles notre éducation ne nous a malheureusement pas donné l’habitude de rechercher la vérité, et où nous nous contentons des premières apparences, nous ne semblons pas ridicules les uns aux autres, parce que