Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/1051

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Athènes. Mais comme il est impossible que tu viennes, tu me mandes qu’il y aurait un autre moyen, ce serait que moi ou Socrate nous nous rendissions auprès de toi. Mais dans ce moment [358e] Socrate souffre d’une rétention d’urine ; et quant à moi, je serais trop honteux si, une fois arrivé près de toi, je ne pouvais réussir dans l’entreprise pour laquelle tu m’appelles, et j’avoue qu’elle ne me donne pas grand espoir de succès. Pour quels motifs ? Il faudrait une trop longue lettre pour les exposer en détail. D’ailleurs, l’âge ne m’a point laissé assez de force pour faire des voyages, et braver les dangers qu’on rencontre sur terre et sur mer, surtout aujourd’hui où tout est plein de périls pour les voyageurs. Mais je puis te donner, [359a] pour toi et les colonies, des conseils qui paraîtront peut-être frivoles dans ma bouche, comme dit Hésiode, et qui cependant sont difficiles à trouver. On croit qu’il suffit d’établir une législation quelconque pour fonder une bonne république, sans créer dans l’État un pouvoir qui veille sur les mœurs de tous, hommes libres et esclaves, et les maintienne courageux et tempérants, c’est une erreur. Donnez donc à votre république une pareille magistrature, s’il y a parmi vous des hommes dignes [359b] d’en être revêtus. Mais s’il vous faut un homme capable de former les autres, je crains qu’on ne trouve pas parmi vous plus de disciples que de maître, et il ne vous reste qu’à adresser des vœux au ciel. En effet, les autres républiques ont commencé par avoir des institutions comme la vôtre ; et elles ne se sont perfectionnées qu’avec le temps, lorsqu’à la faveur de grands événements, soit pendant la guerre, soit pendant la paix, un homme sage et vertueux s’est acquis une grande puissance. Cependant [359c] il est absolument nécessaire de ne rien négliger, de bien réfléchir sur ce que je te dis, et de ne pas se mettre téméraire-