Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/1077

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Socr. Il est donc juste d’être utile en trompant ; l’est-il aussi d’être utile en mentant ?

L’ami. Oui, même en mentant.

Socr. Il paraît donc qu’il est également juste et injuste de mentir et de dire la vérité.

L’ami. Il paraît.

Socr. De tromper et de ne pas tromper.

L’ami. Mais oui.

Socr. De nuire et d’être utile.

L’ami. Oui.

Socr. En un mot, tout cela paraît être à la fois juste et injuste.

L’ami. Évidemment.

Socr. Écoute-donc. J’ai un œil droit et un œil gauche, comme tout le monde.

L’ami. Oui.

Socr. J’ai aussi une narine droite et une gauche.

L’ami. Sans doute.

Socr. Une main droite et une gauche.

L’ami. Eh bien ?

Socr. Or, si tu appelles les mêmes organes, les uns droits, les autres gauches, quand je te demanderai lesquels d’entre eux sont droits et lesquels gauches, tu me répondras que les droits sont d’un côté, les gauches de l’autre.

L’ami. Oui.

Socr. Appliquons cela à notre question. Puisque tu appelles les mêmes choses justes et injustes, dis-nous quelles sont les justes et quelles sont les injustes.

L’ami. Je crois que toutes ces choses sont justes si on les fait à propos et quand il faut les faire, et qu’elles sont injustes dans le cas contraire.

Socr. Tu as raison. Celui qui les fait à propos fait ce