Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/650

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

CRITIAS.

Écoute donc, Socrate, une histoire très-étrange, et pourtant très-véritable, que racontait jadis [20e] Solon, le plus sage des sept sages. Il était grand ami de mon bisaïeul Dropide, comme il le dit lui-même en plusieurs endroits de ses poésies[1]. Il raconta à Critias mon aïeul, comme ce vieillard me le redit à son tour, que cette ville d’Athènes avait fait autrefois de grandes et admirables choses, aujourd’hui tombées dans l’oubli par la longueur du temps et la destruction des générations, [21a] mais une surtout dont le récit doit servir à la fois à satisfaire ton désir et à louer la déesse en cette réunion d’une manière juste et convenable et comme si nous lui chantions un hymne.

SOCRATE.

C’est bien dit. Mais qu’est-ce donc que cette chose que ton aïeul racontait, d’après Solon, non pas comme un conte fait à plaisir, mais comme un événement véritable ?

CRITIAS.

Je vais dire cette vieille histoire comme je l’ai entendu raconter par un homme qui lui-même n’était pas jeune. Car Critias n’était pas loin [21b] alors, à ce qu’il disait, de sa quatre-vingt-

  1. Peut-être dans les Élégies à Critias dont parle Aristote, Rhetor. I, 15.