Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/654

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ses eaux. Quand les dieux purifient la terre par un déluge, les bergers et les bouviers sont à l’abri sur leurs montagnes, tandis que les habitants de vos villes [22e] sont entraînés par les torrents dans la mer. Chez nous, au contraire, jamais les eaux ne descendent d’en haut pour inonder nos campagnes : elles nous jaillissent du sein de la terre. Voilà pourquoi nous avons conservé les monuments les plus anciens. En tout pays, le genre humain subsiste toujours en nombre plus ou moins considérable, [23a] à moins qu’un froid ou une chaleur extrême ne s’y oppose. Tout ce que nous connaissons, chez vous ou ici ou ailleurs, d’événements glorieux, importants ou remarquables sous d’autres rapports, tout cela existe chez nous, consigné par écrit et conservé dans nos temples depuis un temps immémorial. Mais en Grèce à peine a-t-on constaté vos actions et celles des autres peuples, soit par écrit, ou par tout autre moyen en usage dans des états civilisés, que les eaux du ciel viennent périodiquement fondre sur vous comme un fléau, ne laissant survivre que des hommes sans lettres [23b] et sans instruction ; de sorte que vous voilà de nouveau dans l’enfance, ignorant ce qui s’est passé dans l’antiquité chez vous aussi bien que chez nous. Vraiment, Solon, les généalogies que tu viens d’énumérer diffèrent peu de fables