Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/664

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d’après un modèle intelligible, raisonnable et toujours le même ; [29b] d’où il suit, par une conséquence nécessaire, que le monde est une copie. Le plus difficile en toute chose est de trouver un commencement conforme à la nature. Après avoir distingué la copie et le modèle, il faut distinguer aussi les paroles et reconnaître qu’elles ont de la parenté avec les pensées qu’elles expriment. L’expression de ce qui est constant, immuable et intelligible, doit être constante, immuable, et autant que possible incapable d’être ni réfutée ni ébranlée, [29c] et ne rien laisser à désirer à cet égard. Mais, quand il s’agit d’exprimer une copie de ce qui est immuable, comme ce n’est qu’une copie, par analogie avec elle, l’expression aussi ne doit être que vraisemblable[1]. Ce que l’existence est à la génération, la vérité l’est à l’opinion. Tu ne seras donc pas étonné, Socrate, si, après que tant d’autres ont parlé diversement sur le même sujet, j’essaye de parler des dieux et de la formation du monde, sans pouvoir vous rendre mes pensées dans un langage parfaitement exact et sans aucune contradiction. Et si nos paroles n’ont pas plus d’invraisemblance que celles des autres, il

  1. Il y a en grec, entre εἰϰόνος et εἰϰότας, un rapport verbal qui rend plus frappante la pensée de Platon, et qui est intraduisible en français.