Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/750

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détournât de la philosophie et des muses, et de l’obéissance que nous devons à ce qu’il y a en nous de plus divin.

[73b] Telle fut encore l’origine des os, de la chair et de toutes les choses semblables. Elles ont toutes la moelle pour principe ; car c’est pour être attachés à la moelle que les liens de la vie, qui unissent l’âme au corps, sont comme les racines qui soutiennent l’espèce mortelle : mais la moelle elle-même a une autre origine. Dieu prit les triangles primitifs, réguliers et polis, qui étaient les plus propres à produire avec exactitude le feu, l’eau, l’air et la terre ; il sépara chacun d’eux du genre auquel il appartient ; [73c] il les mêla entre eux en les combinant avec harmonie, et de ce mélange fit sortir la moelle, qui est le germe de toute l’espèce mortelle ; puis il sema dans la moelle et attacha sa substance tous les genres d’âmes, et, il la divisa elle-même dès le principe en autant d’espèces qu’il devait y avoir d’espèces d’âmes et il leur donna les mêmes qualités. Il fit parfaitement ronde la partie de la moelle qui devait contenir le germe divin, comme un champ contient la semence, et il lui donna [73d] le nom de cerveau, parce qu’elle devait être contenue dans la tête[1] de chaque animal

  1. La partie de la moelle qui doit renfermer l’intelligence a le nom de cerveau, d’encéphale, ἐγκέφαλον, parce qu’elle est enfermée dans la tête, qui s’appelle κεφαλή. Le français ne peut reproduire ce rapprochement de mots et d’idées. Sur le fond de cette doctrine, voyez Aristote, qui met l’âme dans le cœur et non dans la tête, De partibus animalium, c. 7, ainsi que Galien, De usu partium, c. 8.