Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/755

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de la tête le membre le mieux disposé pour la sensation et la pensée, et en même temps le plus faible de tout le corps humain. C’est pour les mêmes motifs [75d] et de la même façon que Dieu, ayant disposé circulairement les nerfs au sommet de la tête, les a réunis dans le même ordre à la naissance du cou, et s’en est servi pour lier ensemble les extrémités des mâchoires au-dessous du visage ; il a répandu les autres dans les différents membres pour unir les os entre eux dans chaque articulation. Ceux qui nous ont formés placèrent dans notre bouche des dents, une langue et des lèvres, comme nous en avons aujourd’hui ; et cela pour deux usages, l’un nécessaire et l’autre excellent. Ils firent de notre bouche une entrée [75e] pour le premier usage et une issue pour le second. Le nécessaire est tout ce qui entre dans notre corps pour lui donner de la nourriture ; et le ruisseau de paroles qui coule de nos lèvres pour le service de l’intelligence, est le plus beau et le meilleur de tous les ruisseaux. Cependant la tête, formée d’os seulement, ne pouvait rester ainsi exposée toute nue aux rigueurs des deux saisons opposées de l’année ; et d’un autre côté, la cacher sous une masse de chair, c’eût été la rendre stupide et incapable de sentir. En conséquence, [76a] tandis que la chair n’était pas encore