Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/794

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talisman, la science. Après ce vœu, je cède la parole à Critias, comme nous en étions convenus.

CRITIAS.

Je l’accepte, Timée, mais en réclamant la même indulgence que tu nous a demandée au commencement de ton discours, à cause de la difficulté du sujet. Je prétends même avoir plus de droit encore à l’indulgence pour ce qui me reste à dire. C’est là, je le sais, une prétention un peu ambitieuse et presque incivile ; mais n’importe, il la faut soutenir. Il ne s’agit pas de contester les vérités que tu nous as exposées ; quel homme sensé l’oserait ? Mais je dois m’efforcer de te convaincre que ma tâche est encore plus difficile, et que, par conséquent, j’ai besoin de plus d’indulgence. Il est plus aisé, Timée, de contenter les hommes en leur parlant des dieux qu’en les entretenant de ce qui les concerne eux-mêmes ; car l’inexpérience, ou plutôt la complète ignorance des auditeurs laisse le champ libre à qui veut leur parler des choses qu’ils ne connaissent pas ; et à l’égard des dieux, on sait où nous en sommes[1]. Si vous voulez mieux saisir ma pensée, prenez garde, je vous prie, à cette obser-

  1. Ceci est dans le caractère de Critias, qui n’admettait les dieux qu’en politique. Sext. Empiric. Advers. Mathem., IX, 54. Plutarq. De Superstit. 13.