Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/97

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SOCRATE.

Et moi, je le veux avec toi. Toutefois, mon cher Hermogène, ne sois pas trop pointilleux, et crains d’énerver mon courage[1] ; car j’arrive tout à L’heure à ce qui doit former le couronnement de tout ce que j’ai dit, quand, après le mot τέχνη, dont je viens de parler, j’aurai traité du mot μηχανή, habileté. Μηχανή indique l’action d’achever, ἄνειν, un travail, de le conduire loin ; en effet le mot μῆκος exprime la longueur ; c’est donc de ces deux mots, μῆκος et ἄνειν, qu’on a composé μηχανή. Mais, je le répète, il faut s’élever à ce qui domine tout ce que nous avons dit ; il faut chercher le sens des mots vertu, ἀρετή, et méchanceté, κακία. L’un des deux ne me paraît pas encore facile à entendre ; l’autre me semble s’expliquer de soi-même, en ce qu’il se rapporte parfaitement à tout ce que nous avons vu jusqu’à présent. En admettant le mouvement général de toutes choses, tout ce qui va mal, κακῶς ἴον, sera ce que nous nommons κακία. Ce mauvais mouvement, lorsqu’il se trouve dans l’âme, mérite bien par excellence le nom de κακία. Mais qu’est-ce que ce mauvais mouvement ? C’est ce qui me paraît ressortir du mot

  1. Homère, Iliade, VI, 265. Paroles d'Hector, refusant le vin que sa mère lui présente.