Page:Platon - Œuvres, trad. Cousin, XI, XII et XIII.djvu/998

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Je m’excusai sur mon âge, je voulus leur persuader que tu n’aurais pas la force de résister à ceux qui sèmeraient des calomnies contre moi et chercheraient à nous diviser ; car il y a longtemps que j’ai remarqué, et je remarque encore aujourd’hui que les grandes fortunes, soit des monarques soit des simples particuliers, [317d] nourrissent des troupeaux de calomniateurs, de flatteurs, de honteux et dangereux courtisans, d’autant plus nombreux que ces fortunes sont plus grandes, et il n’y a pas de plus redoutable malheur attaché à la richesse et à la puissance. Cependant, fermant les yeux sur toutes ces considérations, je résolus de partir, de peur que quelqu’un de mes amis n’eût à m’adresser le juste reproche d’avoir perdu ses affaires par ma pusillanimité, [317e] quand je pouvais les sauver. Après mon arrivée, tu n’ignores pas tout ce qui s’est passé. D’abord je demandai que, suivant la promesse que tu m’avais souvent renouvelée dans tes lettres, tu rappelasses Dion et tu lui rendisses ton ancienne amitié. Plût à Dieu que tu eusses voulu suivre mes conseils ! car si je ne me laisse point abuser par de faux pressentiments, tu aurais assuré ton bonheur, celui de Syracuse et de toute la Grèce. Je demandai, ensuite que l’administration des biens de Dion fût confiée à ses parents [318a] et ôtée d’entre les mains des régisseurs que tu sais. Je voulais encore que la somme d’argent que tu avais coutume de lui faire passer tous les ans continuât à lui être envoyée, et que ma présence à Syracuse, loin de la faire réduire, t’engageât plutôt à l’augmenter. Ne pouvant rien obtenir, je me déterminai à me retirer. Mais tu m’invitas à rester encore une année en m’assurant que Dion ne perdrait rien de sa fortune, parce que tu lui en enverrais la moitié à Corinthe où il était et que tu laisserais l’autre moitié [318b] à son fils. Je pourrais citer bien d’autres promesses