Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/126

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iU a CHARMIDE 66

que les artisans, en s'occupant des affaires des autres, pou- vaient être sages? » — « Sans doute; quelle conclusion tires-tu de là ? » — « Aucune ; mais dis-moi : le médecin, quand il guérit son malade, fait-il, selon toi, chose utile à lui-même en même temps qu'à son malade?» — « Certaine- ment. » — « Celui qui agit ainsi ne fait-il pas son devoir ? »

b — « Oui. » — « L'homme qui fait son devoir n'est-il pas sage? » — « C'est évident. » — α Or le médecin sait-il nécessairement quand son remède est utile et quand il ne l'est pas ? Et de même chaque artisan, s'il doit tirer profit de son travail, ou non ?» — « Peut-être l'ignore-t-il. » — <c Ainsi, repris-je, le médecin, que son remède réussisse ou

c non, peut avoir agi parfois sans savoir ce qu'il faisait? Cepen* dant, s'il réussit, tu l'appelles sage. N'est-ce point ce que tu disais? » — « Oui. » — « Par conséquent, si je ne me trompe, quand il guérit son malade, il agit sagement et il est sage, mais sans savoir qu'il l'est ? »

— « C'est impossible, Socrate, et si tu

Nouvelle penses qu'on puisse tirer une pareille

définition proposée conclusion de mes déclarations anté-

parCritias: . • • «* χ i *•

se connaître soi- rieures, je suis prêt à les retirer ; je rou-

d même. girais moins d'avouer mon erreur que

d'accorder qu'on puisse être sage sans le savoir : car, pour mon compte, je définirais volontiers la sagesse la connaissance de soi-même, d'accord avec l'auteur de l'inscription de Delphes*. Cette inscription, en effet, me semble être la parole de bienvenue que le dieu adresse aux arrivants, à la place du salut ordinaire « réjouis-toi », trou-

e vant sans doute cette dernière formule déplacée et jugeant que nous devons nous inviter les uns les autres non à nous réjouir, mais à être sages. De cette façon, le dieu adresse aux arrivants un salut bien supérieur à celui des hommes, et c'est

I. La célèbre inscription de Delphes, qui a prêté à tant de com- mentaires, parait bien avoir eu urt sens plus religieux que psycho- logique et signifiait probablement: « Connais ta condition mortelle » ; en d'autres termes : « Souviens-toi de ta faiblesse et redoute la démesure (ΰορις). » L'homme, en effet, qui oublie sa condition pêche contre la loi divine et encourt par cela même la colère des dieux : il s'expose à la Némésis,

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