Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/150

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173 b GHARMIDE 78

porter, de courir moins de risques sur mer et à la guerre, d'avoir des ustensiles, des chaussures, des vêtements, des objets de toute sorte habilement faits et tout en général bien

c exécuté, parce que nous n'aurions recours qu'à de vrais artisans? Accordons encore, si tu veux, que la divination est la science de l'avenir, et que si la sagesse venait à la gouverner, elle nous débarrasserait des faux devins, tandis qu'elle met- trait en honneur les véritables, prophètes autorisés des choses futures. Que le genre humain, dans ces conditions, vécût et se conduisit selon la science, je suis prêt à le reconnaître:

à car la sagesse nous garderait de laisser l'ignorance nous sur- prendre et collaborer avec nous. Mais que vivre selon la science dût être pour nous bien vivre et être heureux % c'est là, mon cher Gritias, une chose qui n'est pas encore bien claire. »

— « Gependant, rcprit-il, si tu refuses de voir dans la science la condition dernière^ du bonheur, tu n'en trouveras pas facilement une autre. » — « Un mot encore d'explication,

e dis-je. De quelle science parles-tu ? S'agit-il de tailler le cuir ? » — « Non certes. » — « De travailler l'airain? » — « Pas davantage. » — « La laine ou le bois, peut-être, ou quelque autre matière analogue ?» — « Nullement. » — « Alors, nous nous écartons de notre formule, vivre selon la science, c*est être heureux. Si tu refuses le bonheur à ces gens-là, bien qu'ils vivent selon la science, tu limites, ce me semble, la faculté de produire le bonheur à certaines sciences. Peut-être

174 a as-tu en vue celle que je rappelais tout à l'heure et qui prédit

l'avenir? Veux-tu parler de la divination ou de quelque autre science ?» — « De celle-là, et d'une autre encore. » — ce Laquelle? Gelle qui joindrait à l'avenir les choses passées et présentes, et à qui rien n'échapperait? Supposons qu'il existe un homme qui sache tout cela^ : voilà, tu en conviendras sans

��1. Les deux expressions, en grec, sont communcmenl employées dans le même sens.

2. Le mot grec (τέλος) désigne proprement la « fin « d'une chose, et par suite la réalisation complète de cette chose ou ce qui en assure la réalisation. C'est ainsi que l'expression Ζεύ; τί'λειος signifie : « Zeus qui amène toute chose à sa fin, à son achèvement parfait ».

3. Dans Homère, le devin Galchas sait non seulement ravenir, mais aussi le passe et le présent.

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