Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/260

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nous fait défaut, personne ne nous laisse agir à notre gré, tous les embarras possibles nous sont suscités, non seulement [210c] par les étrangers, mais par notre père et notre mère, par de plus proches encore si nous en pouvions imaginer de tels ; nous y sommes esclaves des autres et elles ne sont pas vraiment à nous, car le profit ne nous en revient pas. Reconnais-tu que les choses se passent ainsi ? » — « Je le reconnais. » — « Comment alors trouver des amis ? Quelle affection peut s’attacher à nous dans l’absence de toute qualité utile aux autres ? » — « C’est impossible, en effet. » — « Toi-même, ni ton père ne peut t’aimer, ni personne ne peut aimer qui que ce soit en tant qu’inutile. » — « Je le crois. » — « Si donc tu deviens savant, mon enfant, tous les hommes seront pour toi des amis et des parents : car tu deviendras utile et bon. [210d] Sinon, personne n’aura d’amitié pour toi, pas même ton père ni ta mère ni tes parents. Comment penser orgueilleusement de soi-même, mon cher Lysis, si l’on n’est pas encore capable de pensée ? » — « C’est impossible. » — « Or, tant que tu as besoin d’un maître, ta pensée reste imparfaite. » — « Oui. » — « Tu ne saurais donc non plus penser orgueilleusement tant que tu es incapable de penser. » — « Par Zeus, Socrate, je suis de ton avis. »

A ces mots, je tournai les yeux vers Hippothalès et je faillis commettre une maladresse ; car l’idée m’était venue de lui dire : Voilà, Hippothalès, la vraie manière de parler à celui qu’on aime : il faut l’abaisser et diminuer son mérite, au lieu de l’admirer bouche bée et de le gâter comme tu fais. Mais le voyant mal à l’aise et troublé par ce que nous disions, je me souvins qu’il avait désiré que sa présence ne fût pas remarquée de Lysis. Je me ressaisis donc et m’abstins de lui parler.

Retour de Ménexène.

[211a] Sur ces entrefaites, Ménexène revint et reprit auprès de Lysis la place qu’il avait quittée. Lysis alors, dans un gracieux mouvement d’amitié enfantine, me dit à voix basse, en cachette de Ménexène : « Socrate, ce que tu m’as dit, répète le à Ménexène. » — « C’est toi-même qui le lui répèteras,