Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/288

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[221c] « Je ne le crois pas. » — « Il y aura donc encore, après la suppression du mal, des choses qui nous seront amies. » — « Oui. » — « Cela n’arriverait pas si le mal était la cause de l’amitié : le mal aboli, nulle amitié ne pourrait survivre; car si l’on supprime la cause, on supprime du même coup l’effet de cette cause. » — « Tu as raison. »

— « Nous étions tombés d’accord pour reconnaître que l’on aimait un certain objet pour une certaine cause ; et nous avons cru alors que c’était à cause du mal que ce qui n’était ni bon ni mauvais aimait le bien. » — « C’est vrai. » — « Et maintenant, à ce qu’il semble, nous découvrons une [221d] autre raison d’aimer et d’être aimé. » — « Il semble ainsi, en effet. » — « Est-ce donc qu’en réalité, comme nous le disions tout à l’heure, le désir est la cause de l’amitié, de sorte que ce qui désire est l’ami de ce qu’il désire et quand il le désire, tandis que notre précédente définition de l’amitié n’était qu’un vain bavardage, comme un long poème ? » — « C’est possible. »

La convenance.

— « Cependant, repris-je, ce qui désire [221e] a le desir de ce qui lui manque ? » — « Oui. » — « Et par conséquent ce qui manque de quelque chose est ami de ce qui lui manque? » — « Je le crois. » — « Or une chose nous manque quand elle nous est enlevée. » — « Évidemment. »

— « C’est donc à quelque chose qui nous est lié par une certaine convenance que se rapportent l’amour, l’amitié, le désir ; c’est du moins ce qu’il me semble, mes chers amis. » — Tous deux en convinrent. — « Si vous êtes amis l’un de l’autre, c’est que votre nature vous apparente en quelque sorte l’un à l’autre. » — « Absolument, » dirent-ils. — « Et quand on [222a] a pour quelqu’un de l’amitié, de l’amour, un désir quelconque, la raison qui fait qu’on a ces sentiments, et sans laquelle on ne les éprouverait pas, est qu’on est rapproché de celui qu’on aime par l’âme, par quelque qualité de l’âme ou du caractère, ou par la forme visible. » — « C’est absolument vrai », dit Ménexène. Lysis garda le silence. — « Soit, repris-je. Nous reconnaissons qu’une certaine parenté de nature produit nécessairement l’amitié. » — « C’est probable », dit-il. — « Il est donc nécessaire aussi que le véritable amant, celui qui n’est pas un simulateur, soit aimé en retour par l’objet de son