Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome II.djvu/58

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nous échappe et nous abandonne, Hippias, puisque la convenance nous est apparue comme différente du beau !

Hippias. — Rien de plus vrai, Socrate, et j’avoue que j’en suis fort surpris.

Socrate. — Quoi qu’il en soit, mon cher, ne lâchons pas encore notre proie : j’ai quelque idée que nous finirons par découvrir la vraie nature de la beauté.

Hippias. — Assurément, Socrate : il n’est même pas bien difficile d’en venir à bout. Donne-moi seulement quelques instants de réflexion solitaire, et je t’apporte une solution plus exacte que toute exactitude imaginable.

Socrate. — De grâce, évitons les grands espoirs, Hippias. Tu vois tous les ennuis que ce malheureux problème nous a déjà causés ; prends garde qu’il ne nous témoigne sa mauvaise humeur en fuyant de plus belle. Mais je me trompe : ce sera un jeu pour toi de le résoudre, si tu t’isoles. Seulement, au nom des dieux, cherche plutôt la solution en ma présence, et même, si tu le veux bien, associe-moi encore à ta recherche. Si nous trouvons la solution, tout sera pour le mieux ; sinon, je me résignerai, je pense, à mon sort, et toi, tu n’auras qu’à me quitter pour trouver aussitôt le mot de l’énigme. D’ailleurs, à résoudre ce problème ensemble, il y a encore cet avantage que je ne te fatiguerai pas par mes demandes sur la solution que tu aurai trouvée seul. Vois donc ce que tu penses de la définition suivante : je dis donc — mais écoute-moi très attentivement pour m’empêcher de battre la campagne, — je dis qu’à notre avis le beau, c’est l’utile. Voici ce qui me conduit à cette hypothèse : les yeux que nous appelons beaux ne sont pas les yeux ainsi faits qu’ils n’y voient goutte, mais ceux qui ont la faculté d’y voir clair et qui nous servent à cela. N’est-il pas vrai !

Hippias. — Oui.

Nouvelles définitions : l’utile, puis l’avantageux.

Socrate. — De même, s’il s’agit de l’ensemble du corps, nous l’appelons beau s’il est apte soit à la course soit à la lutte ; pour les animaux, nous appelons beaux un cheval, un coq, une caille, et de même tous les ustensiles, tous les instruments de locomotion sur terre et sur mer, bateaux marchands et vaisseaux de guerre, tous