Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome III, 1.djvu/126

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PROTAGORAS

De cette manière, en effet, nous nous sentons plus forts, tous tant que nous sommes, pour l’action, pour le discours, pour la pensée ; celui qui « a conçu quelque pensée dans la solitude » n’a rien de plus pressé que de chercher partout un confident qui en reçoive communication, qui l’aide à la vérifier, et il ne s’arrête pas avant d’en avoir trouvé un. S’il m’est plus agréable de causer avec toi qu’avec un autre, c’est que je te crois plus capable que personne de m’aider à élucider toutes les questions auxquelles s’intéressent les honnêtes gens, et spécialement celle de la vertu.

« Qui pourrait en effet y réussir mieux que toi ? Tu ne te contentes pas de te donner pour un honnête homme, comme tant d’autres qui le sont effectivement pour leur compte, mais qui seraient incapables de former les autres à l’honnêteté : toi, au contraire, tu es à la fois vertueux personnellement et capable de rendre les autres vertueux ; et tu as une telle confiance en toi que, contrairement à tant d’autres qui dissimulent leur science, tu vas partout à visage découvert proclamant ton savoir dans toute la Grèce, arborant le nom de sophiste, te donnant pour maître en éducation et en vertu, et osant le premier réclamer un salaire en échange de tes leçons ! Comment pouvais-je, dans une recherche de ce genre, ne pas faire appel à tes lumières, t’interroger et te communiquer mes idées ? C’était impossible. Ce que je désire maintenant, c’est que, à propos des questions que je t’ai posées au début sur ces sujets, tu veuilles bien me rappeler quelques-unes de tes réponses et en examiner certains points avec moi.

« La question posée, si je ne me trompe, était celle-ci : ce qu’on appelle savoir, sagesse, courage, justice et sainteté, sont-ce cinq noms différents pour une seule et même chose, ou chacun de ces noms correspond-il à une réalité distincte, à un objet ayant son caractère propre, et tel que l’un ne puisse être identifié avec l’autre ? À quoi tu m’as répondu que ce n’étaient pas là cinq noms pour une même chose, mais que chacun de ces noms s’appliquait à une chose distincte et que toutes ces choses formaient les parties différentes de la vertu, non pas à la façon des parties d’une masse d’or qui sont à la fois semblables entre elles et semblables à la masse qu’elles constituent, mais comme les parties du visage, qui diffèrent à la fois du tout auquel elles appartiennent et, en même temps, les unes des autres, ayant chacune leur caractère