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LA RÉPUBLIQUE

XV Voyons, Thrasymaque, dis-je, tu crois que je suis de mauvaise foi ?

Très certainement, répondit-il.

Tu crois réellement que c’est pour te nuire insidieusement dans la discussion que je t’ai interrogé comme je l’ai fait ?

J’en suis sûr, dit-il ; mais tu n’y gagneras rien ; je vois b clair dans ton jeu déloyal, et, démasqué, tu ne me battras pas de vive force dans la dispute.

Je n’essaierai pas non plus, vénérable Thrasymaque, dis-je ; mais pour éviter le retour d’un tel malentendu, définis nettement s’il faut entendre au sens large, ou au sens strict que tu viens de dire, celui qui gouverne et qui est le plus fort, et dont il sera juste, puisqu’il est le plus fort, que le plus faible serve l’intérêt.

J’entends celui qui gouverne, répondit-il, au sens le plus rigoureux ; dénigre et chicane-moi là-dessus, si tu le peux ; c je te donne libre carrière ; mais tu n’es pas de taille.

Peux-tu croire, dis-je, que je sois assez fou pour entreprendre de tondre un lion et me jouer de Thrasymaque ?

Tu viens pourtant d’essayer, tout incapable que tu es en cela comme en tout le reste.

Brisons là-dessus, dis-je, et répondsde Socrate "^ * ^ médecin au sens précis du mot,

comme tu le définissais tout à l’heure, a-t-il pour objet de gagner de l’argent ou de soigner les malades ? Ne nous parle que du médecin véritable. De soigner les malades, dit-il.

Et le pilote ? le vrai pilote est-il chef des matelots ou matelot ? d II est chef des matelots.

Il n’importe aucunement, n’est-ce pas, qu’il navigue sur le vaisseau ; il ne faut pas pour cela l’appeler matelot ; ce n’est point parce qu’il navigue qu’on l’appelle pilote, mais à cause de son art et du commandement qu’il exerce sur les matelots.

portée ; car le gouvernant souffrira toujours des fautes qu’il aura commises dans un moment d’aberration. La force de la théorie de Thrasymaque était dans sa correspondance avec les faits, et c’est aux faits qu’il reviendra (343 A), quand Socrate l’aura réfuté.