Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/120

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côté, la demande pour femme ; celui qui l'a déshonorée se décidera plus vite à l’épouser. Le vieillard qui recherchera sa main est l’oncle du jeune homme qui l’a violée la nuit, aux veillées de Cérés. Mais voilà notre ladre qui bougonne dans sa maison, selon son habitude. Il fait sortir sa vieille servante, pour qu’elle ne découvre pas son secret. Sans doute il veut voir si on ne lui a pas voté son or.


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ACTE I.



SCÈNE I. — EUCLION, STAPHYLA.


EUCLION. Hors d’ici, te dis-je, hors d’ici ; qu’on détale au plus vite, maudite espionne, avec tes yeux de furet.

STAPHYLA. Pourquoi me battez-vous, malheureuse que je suis ?

EUCLION. C’est pour qu’en effet tu sois malheureuse ; une misérable comme toi doit avoir une vie misérable.

STAPHYLA. Pourquoi me chassez-vous ?

EUCLION. Ai-je des comptes à te rendre, pendarde ? Par ici ! éloigne-toi de la porte ; par ici ! te dis-je. Voyez comme elle marche ! Sais-tu ce qui t’attend ? Si je prends en main un bâton ou un bon nerf de bœuf, je te ferai allonger ce pas de tortue.

STAPHYLA, à part. Les dieux auraient bien dû me faire pendre, plutôt que de me réduire à servir, un pareil maître.

EUCLION. Qu’est-ce que la coquine murmure entre ses dents ? Scélérate, je t’arracherai les deux yeux, pour t’empêcher d’observer mes actions. Éloigne-toi… encore… encore… encore… assez ! Tiens-toi là ; si tu en bouges seulement d’un travers de doigt, d’une épaisseur d’ongle, ou si tu tournes la tête avant que je te le dise, je te fais mettre en croix, pour t’apprendre. (À part.) Je n’ai jamais vu une vieille scélérate pire que celle-ci. Ah ! je crains bien que la perfide ne me joue quelque mauvais tour et ne se doute de l’endroit où mon or est caché : elle a des yeux derrière la tête, cette vieille gueuse. Mais allons voir si le trésor qui me donne tant d’inquiétudes et de tourments est toujours comme je l’ai mis. (Il sort.)