Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/159

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LES BACCHIS




PROLOGUE[1]


SILÈNE. Ce sera bien merveille aujourd’hui si les spectateurs ne se trémoussent sur leurs bancs pour interrompre ceux qui doivent les exciter à rire ; s’ils ne toussent et ne font ronfler leurs narines de dépit ; s’ils ne froncent le sourcil, s’ils ne murmurent tout haut, ou ne disent tout bas : « À peine souffrirait-on sur la scène des jeunes gens sans barbe, comme les jeunes Lydiens ; pourquoi donc faire paraître, en qualité de prologue, ce vieillard à tête pesante, et monté sur un âne ? » Silence, je vous prie ; un moment d’attention : je vais vous dire le nom de cette comédie, dans laquelle il n’y aura pas de grands mouvements. Il est juste de garder le silence devant un dieu : il ne convient point à ceux qui ne viennent ici que pour voir et non pour crier, de faire usage de leur langue. Que vos oreilles soient entièrement à notre disposition ; je ne vous dis pas de les avoir à la main pour nous les donner ; mais je veux que ma voix arrive librement jusqu’à elles, et que vous ne perdiez pas un mot de ce que je vous dirai. Pourquoi craignez-vous moins les coups qui ouvrent ce qui est fermé, que ceux qui bouchent ce qui est ouvert ? Vous êtes de braves gens ; ce n’est pas sans raison que les dieux vous chérissent. Chacun a fait silence, les enfants mêmes se taisent : regardez à présent le nouveau messager qui vient vous annoncer un sujet nouveau. Je vous dirai en peu de mots qui je suis, et pourquoi je viens ici ; je vous apprendrai en même temps le nom de la pièce. Me voici prêt à vous dire ce

  1. Nous empruntons à Levée la traduction de ce prologue, qui n’est pas de Plaute ; on l'a attribué à Pétrarque : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il a paru pour la première fois dans l’édition de Junte (1514).