Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/174

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ACTE III.



SCÈNE I. — LYDUS, sortant de chez Bacchis.


Ouvrez, de grâce, ouvrez la porte de cet enfer ; car je se puis lui donner d’autre nom, puisqu’on n’y entre qu’en laissant toute espérance de devenir homme de bien. Ah ! ces Bacchis ne. sont pas des Bacchis, mais plutôt des bacchantes en frénésie. Loin de moi ces deux sœurs qui sucent le sang des hommes ! Que cette maison est richement pourvue de tout ce qu’il faut pour perdre la jeunesse ! Au premier coup d’œil, je me sert sauvé à toutes jambes. Et je te garderais le secret, Pistoclère ! et je cacherais à ton père tes débauches, tes désordres, et ce noble emploi de ton temps, quand tu t’apprêtes à perdre tout ensemble ton père, toi, tes amis, moi-même, et à nous entraîner tous dans la ruine, l’opprobre, le déshonneur ! Tu n’as pas rougi, en ma présence, de te conduire là dedans comme tu le fais, de charger de tes infâmes déportements ton père, et moi, et tes amis, et tes parents ! Avant que tu mettes le comble à notre honte, je dirai tout. J’éloignerai de moi la responsabilité de ta faute, j’instruirai le vieillard pour qu’il accoure bien vite te retirer de ce bourbier. (Il sort.)



SCÈNE II. — MNÉSILOQUE.


Plus j’y réfléchis, plus je suis convaincu que les dieux seuls l’emportent sur l’ami vraiment digne de ce nom : j’en ai fait moi-même l’expérience. Parti pour Éphèse, voici tantôt deux ans, j’écris de là-bas à mon ami Pistoclère pour le prier de se mettre à la recherche de ma chère Bacchis : il me l'a retrouvée, à ce que dit mon serviteur Chrysale. Et celui-ci, quel tour il a joué à mon père pour que mes amours ne souffrent pas de ma pauvreté ! Je m’acquitterai envers lui, c’est justice, car je ne confiais rien de plus odieux que l’ingratitude ; mieux vaut ne pas punir une offense que de ne pas récompenser un service. Je préfère mille fois le nom de prodigue à celui d’ingrat. L’un mérite les louanges des gens de bien ; l’autre est blâmé même par les méchants. Il faut donc que j’y songe et que j’aie l’œil vif. Maintenant, Mnésiloque, on te regarde, la lice est ouverte.