Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/176

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vous manquiez d’une syllabe, votre peau était à l’instant même aussi bigarrée que le tablier d’une nourrice.

MNÉSILOQUE, à part. Que je souffre d’entendre parler ainsi de mon ami à cause de moi ! Il est innocent, et c’est pour me faire plaisir qu’il se laisse soupçonner.

PHILOXÈNE. Eh ! mon cher Lydus,les mœurs ont changé depuis.

LYDUS. Je ne le sais que trop. Autrefois, on briguait déjà les suffrages du peuple que l’on n’avait pas encore cessé d’obéir à son maître. Maintenant, prenez un morveux’ e dix-sept ans à peine, et touchez-le du bout du doigt, il ne fait ni une ni deux et vous fend la tête avec ses tablettes. Allez vous plaindre au père : « Tu seras mon fils, dit le père à l’enfant, si tu sais te défendre. » Puis on appelle le gouverneur : « Eh ! lui dit-on, vieil oison, ne touche pas mon garçon parce qu’il a fait voir du cœur. » Et le gouverneur s’en va, mouché comme une chandelle. Voilà une belle justice ; et comment pourra-t-il se faire obéir, s’il est le premier battu ?

MNÉSILOQUE, à part. La plainte est violente, autant que je puis comprendre. Je m’étonne fort si Pistoclère ne l’a chargé de coups.

PHILOXÈNE. Mais qui vois-je là debout devant la porte ?

LYDUS. Eh ! Philoxène !

MNÉSILOQUE, à part. J’eusse mieux aimé attirer les-regards des dieux propices que les siens.

PHILOXÈNE. Qui est-ce ?

LYDUS. C’est Mnésiloque, l’ami de votre fils ; mais il ne lui ressemble guère, et ne va pas s’attabler comme lui dans les mauvais lieux. Heureux Nicobule d’avoir un tel enfant !

PHILOXÈNE. Salut, Mnésiloque ! je me réjouis de ton heureux retour.

MNÉSILOQUE. Les dieux vous bénissent, Philoxène !

LYDUS. Voilà un jeune homme que son père a élevé comme il faut ! Il va en mer, il s’occupe de son bien, il veille sur la maison ; toujours prêt à faire plaisir à son père, à exécuter ses ordres. Pistoclère et lui sont camarades d’enfance, et du même âge, à deux ou trois jours près ; mais pour le jugement, il y a bien trente ans de différence.

PHILOXÈNE, à Lydus. Prends garde, je ne veux pas que mal à propos tu dises du mal de mon fils.

LYDUS. Eh ! taisez-vous plutôt. C’est une sottise de ne pas vouloir qu’on parle mal de celui qui fait mal. Pour moi, je lui confierais plutôt mes tribulations que ma bourse.