Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/182

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PISTOCLÈRE. Que dis-tu ?

LE PARASITE. Je lui porterai votre message.

PISTOCLÈRE. À propos, qui es-tu, toi ?

LE PARASITE. Son plastron.

PISTOCLÈRE. Il ne doit pas valoir grand’chose, s’il a choisi pour plastron un pareil drôle.

LE PARASITE. Il va venir tout gonflé de colère.

PISTOCLÈRE. Puisse-t-il en crever !

LE PARASITE. Est-ce tout ?

PISTOCLÈRE. Décampe au plus vite ; tu devrais être loin.

LE PARASITE. Adieu, briseur de mâchoires.

PISTOCLÈRE. Adieu, plastron. (Le parasite sort.) Au point où en sont les choses, je ne sais que conseiller à mon ami au sujet de sa maîtresse ; dans sa colère, il a tout rendu au papa, et nous n’avons pas une obole à compter au militaire. Mais écartons-nous un peu, j’entends crier la porte. C’est Mnésiloque qui sort ; quel air de tristesse !



SCÈNE III. — MNÉSILOQUE, PISTOCLÈRE.


MNÉSILOQUE, sans voir Pistoclère. Ne suis-je pas le plus étourdi, le plus brutal, le plus emporté, le plus furieux, le plus fou de tous les hommes, sans modération, sans frein, sans raison, sans honneur, méfiant, toujours hors de moi, détestable, fâcheux, le plus triste caractère du monde ? Enfin j’ai tout ce qui me révolte chez les autres. En vérité, il n’y a jamais eu d’être plus haïssable, plus indigne de la faveur des dieux, de l’affection et du commerce des hommes. Je suis fait pour avoir des ennemis plutôt que des amis, pour être aidé par les méchants plutôt que par les gens de bien. Qui mérite mieux que moi tous les noms infâmes dont on appelle justement les coquins ? Je suis amoureux, et je vais rendre à mon père tout cet argent que j’avais sous la main ! Suis-je assez misérable ? Je me suis perdu, et j’ai détruit l’ouvrage de Chrysale.

PISTOCLÈRE. Il faut que je le console ; approchons. Eh bien, Mnésiloque, comment va ?

MNÉSILOQUE. Je suis perdu.

PISTOCLÈRE. Aux dieux ne plaise !

MNÉSILOQUE. Je suis perdu.

PISTOCLÈRE. Tais-toi, tête folle !

MNÉSILOQUE. Que je me taise ?

PISTOCLÈRE. Tu n’es pas dans ton bon sens.