Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/201

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



PHILOXÈNE. Comme elles se raillent de nous !

NICOBULE</sm. Laissez-les s’en donner à leur aise.

BACCHIS I. Penses-tu bien qu’on les tonde trois fois par an ?

BACCHIS II. Oh ! en voici une qui, certainement, a déjà été tondue deux fois aujourd’hui.

BACCHIS I. Ce sont de vieilles brouteuses de thym.

BACCHIS II. M’est avis qu’elles ont eu leur mérite.

BACCHIS I. Mais vois donc, je te prie, comme elles nous regardent de travers.

BACCHIS II. Oh ! je crois qu’elles n’ont guère de malice.

PHILOXÈNE. C’est bien fait, nous avions bien besoin de venir ici.

BACCHIS I. Faisons-les entrer.

BACCHIS II. Eh ! qu’en ferions-nous ? elles n’ont ni lait ni laine ; laisse-les là. Elles ont pu avoir leur prix, mais leur temps est passé, il n’y a plus rien à en tirer. Ne vois-tu pas comme on les laisse errer seules, à l’aventure ? De plus, je crois que l’âge les a rendues muettes ; elles ne bêlent même pas, quoique éloignées du troupeau. Elles me semblent assez sottes, mais point méchantes.

BACCHIS I. Rentrons, ma sœur.

NICOBULE. Non pas, restez toutes deux, les brebis veulent vous parler.

BACCHIS I. Quel miracle, des brebis qui ont une voix humaine !

PHILOXÈNE. Oui, et ces brebis ont à régler avec vous un compte qui ne vous réjouira guère.

BACCHIS I. Bon, si vous me devez quelque chose, je vous en fais grâce, gardez-le, je ne vous réclamerai jamais rien. Mais de quel droit nous menacez-vous ?

PHILOXÈNE. On dit que nos deux agneaux sont enfermés chez vous.

NICOBULE. Et avec ces agneaux un chien à moi, qui sait donner son coup de dents. Or, si vous ne nous les amenez pas, si vous ne les mettez pas dehors, nous allons fondre sur vous comme deux farouches béliers.

BACCHIS I. Ma sœur, deux mots en particulier, je te prie, viens.

NICOBULE. Où vont-elles ?

BACCHIS I. Prends ce vieillard là-bas, et charge-toi de l’apprivoiser ; moi je vais attaquer ce vieux grognon. Nous saurons bien les attirer chez nous.