Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/219

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ERGASILE. Que je ne le pleure pas ! que je ne déplore pas le sort d’un si bon jeune homme !

HÉGION. Je me suis toujours aperçu que vous aimiez mon fils, et il vous le rendait bien.

ERGASILE. Ah ! nous autres mortels, nous ne sentons le prix de notre bonheur que quand nous l’avons perdu. Depuis que votre fils est tombé entre les mains de nos ennemis, j’ai compris tout ce qu’il valait : aussi je le regrette.

HÉGION. Si vous êtes si sensible à son malheur, vous qui lui étiez étranger, que sera-ce de moi, pauvre père, dont il était l’unique enfant ?

ERGASILE. Moi étranger à lui ! lui étranger à moi ! Ah ! Hégion, ne dites pas cela, ne vous faites pas une pareille idée. C’est votre fils unique, soit, mais il était encore bien plus unique pour moi.

HÉGION. C’est d’un brave cœur de ressentir le mal d’un ami comme le sien propre. Mais prenez courage.

ERGASILE. Hélas ! quel crève-cœur ! un exercice interrompu ! des mâchoires qui fonctionnaient si bien !

HÉGION. Vous n’avez donc trouvé personne qui voulût reprendre et commander la manœuvre ?

ERGASILE. Belle question ! Tout le monde refuse cette charge, depuis que votre Philopolème, à qui elle était échue, s’est laissé faire prisonnier.

HÉGION. Par ma foi, si l’on décline cet honneur, cela ne m’étonne guère. Il vous faut des soldats de toutes les couleurs, de tous les pays[1]. D’abord un contingent de boulangers, qui se subdivise en plusieurs bandes : les fabricants de petits pains, de gâteaux, de pâtés de grives ; les marchands de becfigues ; puis une armée maritime dont vous ne pouvez vous passer.

ERGASILE. Comme souvent les plus beaux génies languissent dans l’obscurité ! Un général tel que moi, être réduit à la condition privée !

HÉGION. Allons, bon espoir ! Sous peu de jours, je l’espère, mon fils me sera rendu. Voici un jeune captif éléen de la plus haute naissance et puissamment riche : ie pourrai, je pense, les échanger l’un contre l’autre.

  1. Les jeux de mots qui suivent ne peuvent se rendre en français : Pistor signifie un boulanger, et en même temps Pistorienses désigne les habitants de Pistorium ; Paniceis, dérivé de panis, pain, les Paniciens, habitants de Pana, ville du Samnium ; Placentinis, de placenta, gâteau, ceux de Plaisance, etc. » (Note d’Andrieux.)