Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/228

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


père saura de quelle façon tu t’es conduit envers son fils et envers lui-même, il ne sera jamais assez avare pour ne pas t’affranchir avec plaisir. Au reste, si je m’en vais d’ici, je saurai aplanir les obstacles. C’est à ton zèle, ’à ton honnêteté, à ta vertu, à ta sagesse, que je dois de pouvoir retourner vers mes parents, puisque c’est toi qui as fait connaître à Hégion ma naissance et ma fortune. Ta prudence a brisé les fers de ton maître.

PHILOCRATE. Vous dites vrai, et je suis heureux que vous vous en souveniez ; mais vous méritez ce que j’ai fait pour vous : car si je me mettais à rappeler tous les bienfaits dont vous m’avez comblé, le jour n’y suffirait pas ; vous m’avez toujours témoigné autant de déférence que si vous eussiez été mon serviteur.

HÉGION. Grands dieux ! les nobles caractères ! ils me tirent des larmes. Voyez de quel cœur ils s’aiment, et quel éloge l’esclave fait du maître !

PHILOCRATE. Eh ! les louanges qu’il me donne ne sont pas la centième partie de celles qui lui reviennent.

HÉGION, à Philocrate. Puisque tu as toujours été si bon serviteur, voici l’occasion de couronner tous tes services en t’acquittant fidèlement de cette mission.

PHILOCRATE. Mes efforts répondront à ma bonne volonté, soyez-en sûr, Hégion ; j’atteste le souverain Jupiter que je ne serai pas infidèle à Philocrate.

HÉGION. Tu es un brave homme.

PHILOCRATE. Et que je ferai toujours pour lui ce que je ferais pour moi-même.

TYNDARE. Puissent tes actions et ta conduite ne pas démentir ces paroles ! Et comme je n’ai pas dit de toi tout ce que je voulais, écoute-moi bien et ne te fâche pas de mes discours. Songe, je te prie, que tu vas au pays sur ma parole, que nous t’avons estimé et que ma vie est en gage pour toi. Ne va pas me méconnaître quand tu te seras éloigné de mes yeux. Tu me laisses ici à ta place en esclavage ; ne t’imagine pas que tu es libre, n’abandonne pas ta caution, n’oublie pas de faire revenir le fils d’Hégion pour accomplir l’échange. Sache bien que nous avons fixé ton prix à vingt mines. Sois fidèle à qui t’est fidèle. Ne manque pas à ta parole. Mon père, je le sais, fera tout ce qu’il faudra. Assure-toi à jamais mon amitié, et (montrant Hégion) mérite la bienveillance qui s’offre à toi. Par ta droite que je retiens et que je presse, je t’en conjure, ne me sois pas plus infidèle que