Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/274

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STALINON. À quoi bon ? n’ai-je pas ma femme au logis ? C’est assez de langue comme cela ; elle ne se tait jamais.

OLYMPION. Je verrai sur le marché même quels poissons il faut prendre.

STALINON. Tu as raison ; va-t’en donc. Ne ménage pas l’argent ; achète grandement ce qu’il faut. Quant à moi, je vais trouver mon voisin, pour qu’il s’occupe de ce dont nous sommes convenus.

OLYMPION. Puis-je partir ?

STALINON. Eh oui. (Ils sortent.)

CHALINUS. Non, quand on voudrait m’affranchir trois fois pour une, je ne renoncerais pas à les châtier comme il faut aujourd’hui. De ce pas, je vais conter toute l’affaire à ma maîtresse ; je tiens mes ennemis, je les prends en flagrant délit. Si Cléostrate veut maintenant faire son devoir, notre procès est gagné, et ils sont attrapés tous les deux. Ce jour nous est propice ; de vaincus nous devenons vainqueurs. Entrons, et assaisonnons à notre mode le plat apprêté par un autre cuisinier : s’ils ne trouvent pas le régal qu’ils avaient préparé, ils en auront un autre sur lequel ils ne comptaient guère.


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ACTE III.


SCÈNE I. — STALINON, ALCÉSIME.

STALINON. Aujourd’hui, Alcésime, je saurai si je dois voir en toi un ami ou un ennemi ; voilà l’heure de l’épreuve, nous sommes à l’instant critique. Mets de côté tes pourquoi ; point de remontrances, tu peux en faire l’économie. « Avec tes cheveux blancs ! à un âge si peu convenable ! » Économise cela encore. « Un homme marié ! » autre économie.

ALCÉSIME. Je n’ai jamais vu d’amoureux si enragé que toi.

STALINON. Aie soin que ta maison soit libre.

ALCÉSIME. Eh ! je vais envoyer chez toi esclaves et servantes.

STALINON. Tu as de l’esprit jusqu’au bout des doigts. N’oublie pas non plus le précepte de Colax[1]. Chacun avec ses provisions, comme en allant à Sutrium[2] (12).

  1. Le flatteur (du grec κόλαξ, principal personnage d'une comédie de Névius.
  2. Expression proverbiale, dont voici l'origine. Quand Rome fut occupée par es Gaulois, Camille convoqua à Sutrium les débris des légions, mais en ordonnant à chaque soldat d'apporter ses vivres.