Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/278

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fâcheuse étoile m’est arrivé cet amour ? Ai-je donc jamais offensé Vénus, que tant d’obstacles me viennent à la traverse ? Eh ! bons dieux ! quels cris entends-je chez moi ?


SCÈNE V. — PARDALISQUE, STALINON.

PARDALISQUE. Malheureuse, ah ! malheureuse ! c’est fait de moi ! je suis morte ! mon cœur est glacé d’effroi, tout mon pauvre corps frissonne ! Où trouver de l’aide, de la protection, du secours ? à qui demander un refuge ? Quelle scène étrange je viens de voir dans la maison ! quelle audace inouïe, inconcevable !… Prenez garde, Cléostrate, éloignez-vous d’elle, je vous en supplie, de peur qu’elle ne vous maltraite dans sa fureur. Arrachez-lui cette épée ; elle ne se possède plus.

STALINON. Que signifie cela ? pourquoi se sauve-t-elle toute tremblante et demi-morte de frayeur ? Pardalisque !

PARDALISQUE. Ah ! je me meurs… D’où vient ce bruit qui frappe mes oreilles ?

STALINON. Regarde-moi.

PARDALISQUE. Mon bon maître !

STALINON. Qu’as-tu ? d’où vient cette épouvante ?

PARDALISQUE. C’est fait de moi.

STALINON. Comment, c’est fait de toi ?

PARDALISQUE. Oui, de moi, et de vous aussi.

STALINON. Explique-toi.

PARDALISQUE. Malheur à vous !

STALINON. À toi plutôt.

PARDALISQUE. Je succombe ; de grâce, soutenez-moi.

STALINON. Parleras-tu enfin ?

PARDALISQUE. Soutenez-moi la poitrine ; par pitié, faites-moi un peu de vent avec votre manteau.

STALINON. Je suis tout effrayé ; mais sans doute elle aura avalé quelques verres de vin de Libye, dont le bouquet lui porte au cerveau.

PARDALISQUE. Tenez-moi les oreilles, je vous en prie.

STALINON. Que la peste t’étouffe ; que les dieux t’exterminent, toi et ta poitrine, et tes oreilles, et ta tête. Si tu ne me dis sur-le-champ ce que cela signifie, je te fais sauter la cervelle, méchante carogne qui te moques de moi depuis une heure !

PARDALISQUE. Mon maître !

STALINON. Qu’est-ce, ma fille ?

PARDALISQUE. Vous êtes trop sévère.