Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/376

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récits de l’autre leur enlèvent tout éclat. Mais je suis ce Périphane de Plothée que vous demandez, si vous avez affaire à lui.

LE MILITAIRE. Celui qui, dit-on, dans sa jeunesse, par ses armes, par sa valeur guerrière, a gagné au service des rois une immense fortune ?

PÉRIPHANE. Ah ! si je vous redisais mes batailles, vous retourneriez chez vous l’oreille basse.

LE MILITAIRE. Je cherche quelqu’un à qui raconter les miennes, et n’ai pas besoin d’un narrateur.

PÉRIPHANE. Vous n’êtes pas bien venu ici. Allez trouver quelque badaud à qui débiter vos sornettes. (À part.) Mais je suis bien fou de blâmer en celui-ci ce que j’ai fait si souvent dans mon jeune âge, quand j’étais sous les drapeaux ; lorsque je me mettais à faire l’histoire de mes combats, je rompais le tympan à mes auditeurs.

LE MILITAIRE. Écoutez-moi, si vous voulez savoir ce qui m’amène vers vous. On m’a dît que Vous aviez acheté ma maitresse.

PÉRIPHANE, à part. Bon ! je sais maintenant qui c’est ; voilà le militaire dont Épidique ma parlé. (Haut.) L’ami, vous dites vrai, je l’ai achetée.

LE MILITAIRE. Eh bien, deux mots, si je ne vous importune point.

PÉRIPHANE. Qu’en puis-je savoir ? Pour que vous m’importuniez ou non, il faut d’abord me dire ce que vous voulez.

LE MILITAIRE. Cédez-la-moi, je vous remettrai votre argent.

PÉRIPHANE. Prenez-la.

LE MILITAIRE. Je ne vois pas pourquoi je ne jouerais pas franc jeu avec vous. Mon intention est de l’affranchir aujourd'hui même, pour vivre avec elle.

PÉRIPHANE. Je vous mettrai tout de suite à l’aise : je l’ai payée cinquante mines. Si l’on m’en compte soixante, elle pourra se donner chez vous du bon temps, mais à condition que Vous l’emmènerez de ce pays.

LE MILITAIRE. Ainsi elle est à moi ?

PÉRIPHANE. Oui, à ces conditions. Vous faites un bon marché. (Se tournant vers la maison.) Holà ! faites sortir la joueuse de lyre que vous avez emmenée là-dedans. (Au militaire.) Et vous aurez encore pour rien, par-dessus le marché, la lyre qu’elle a avec elle… Tenez, la voici, prenez-la.

LE MILITAIRE. Êtes- vous fou ? Pensez- vous que j’aie la berlue ? Que ne faites-vous venir tout de suite notre musicienne ?