Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/398

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SCÈNE II. — MÉNECHME, PÉNICULUS.

MÉNECHME, à sa femme qui est dans la maison. Si tu n’étais pas une méchante bête, une sotte, une créature intraitable et acariâtre, ce qui déplaît à ton mari te déplairait aussi. Mais si tu me joues encore le même.tour, je te mettrai à la porte, je te répudierai, et tu iras trouver ton père. Chaque fois que je, veux sortir, tu me retiens, tu me rappelles, tu me demandes où je vais, à quoi je pense, quelle affaire m’occupe, ce que je cherche. ce que j’emporte, ce qui s’est passé dehors. J’ai épousé un douanier, à qui il me faut déclarer et ce que je fais et ce que je viens de faire. Je t’ai trop gâtée ; mais pour l’avenir je te préviens : je ne te refuse rien ; servantes, provisions, laine, bijoux, robes, pourpre, rien ne te manque ; si tu es sage, tu prendras garde qu’il ne t’arrive malheur ; tu cesseras d’épier ton mari. Bien mieux, je ne veux pas que tu m’espionnes pour rien, et pour t’apprendre, je me donnerai aujourd’hui même une maîtresse et je la mènerai souper en ville.

PÉNICULUS, à part. Il croit faire pièce à sa femme, mais c’est plutôt à moi : car s’il dîne en ville, c’est sur moi qu’il se venge et non pas sur elle.

MÉNECHME. Bravo ! A force de quereller, je l’ai forcée à rentrer. Où sont nos coureurs de maris ? ils tardent bien à venir m’offrir leurs présents et me féliciter de ma bravoure. Je viens de prendre là dedans cette mante à ma femme, et je la porte à ma maîtresse. Voilà comme il faut attraper ces fines mouches qui vous espionnent. Oh le beau trait, le tour adroit, merveilleux, admirable ! J’ai si bien fait que j’ai friponne la friponne, et je vais jeter mon larcin dans le gouffre. J’ai enlevé ce butin à l’ennemi, sans que nos alliés aient souffert.

PÉNICULUS. Hé ! l’ami, n’aurai-je pas ma part de ces dépouilles ?

MÉNECHME. C’est fait de moi, je tombe dans une embuscade.

PÉNICULUS. Eh non, c’est du renfort ; ne craignez rien.

MÉNECHME. Qui est là ?

PÉNICULUS. C’est moi.

MÉNECHME. Ô la bonne fortune ! l’heureuse rencontre ! Bonjour !

PÉNICULUS. Bonjour !

MÉNECHME. Eh bien, que dis-tu ?

PÉNICULUS, lui prenant la main. Je tiens par la main mon bon génie.