Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/55

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JUPITER. Tu viens à point nommé.

SOSIE. Eh bien, la paix est donc faite ? Vous êtes rapatriés, à ce que je vois ; j’en ai l’âme toute joyeuse. Voilà comme doit être un bon serviteur ; il faut qu’il fasse comme ses maîtres, et qu’il compose son visage sur le leur : triste s’ils sont tristes, gai s’ils sont gais. Mais dites-moi, vous vous êtes raccommodés ?

JUPITER. Tu veux rire ; ne savais-tu pas que ce que j’en disais était par plaisanterie ?

SOSIE. Par plaisanterie ? Ma foi, j’ai bien cru que c’était pour tout de bon.

JUPITER. J’ai plaidé ma cause, et la paix est conclue.

SOSIE. À merveille.

JUPITER. Je vais acquitter dans la maison les vœux que j’ai faits aux dieux.

SOSIE. C’est sagement pensé.

JUPITER. Toi, tu iras au vaisseau et tu inviteras de ma part le pilote Blépharon à venir dîner avec moi après le sacrifice.

SOSIE. Je serai déjà de retour que vous me croirez encore lâ-bas.

JUPITER. Hâte-toi. (Sosie sort.)

ALCMÈNE. Est-ce tout ? je vais à l’instant même faire préparer ce qu’il faut.

JUPITER. Va donc, et fais que tout soit prêt au plus vite.

ALCMÈNE. Tu peux venir quand tu voudras ; j’aurai soin que rien ne tarde.

JUPITER. C’est parler en bonne ménagère. (Alcmène sort.) La maitresse et l’esclave y sont pris tous les deux ; ils me croient Amphitryon, et se trompent joliment. Toi maintenant, divin Sosie, à l’œuvre. Tu entends mes paroles, bien que tu ne sois pas ici : arrange-toi pour éloigner Amphitryon quand il va revenir ; invente quelque stratagème. Je veux qu’il soit bafoué, tandis que je lui emprunte sa femme pour contenter mon caprice. Tu sais ce que je désire, fais-en ton affaire, et viens me servir pendant le sacrifice que je vais m’offrir à moi-même. (Il sort.)


SCÈNE IV. — MERCURE.

Gare ! gare ! allons, tous, qu’on me fasse place, et que nul ne soit assez osé pour se tenir sur mon passage. Comment ! moi qui suis dieu, je ne pourrais pas aussi bien qu’un misérable va-