Page:Plaute - Comédies, traduction Sommer, 1876, tome 1.djvu/83

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CLÉÉRÈTE. Si tu avais de quoi donner, tu chanterais sur un autre ton ; mais comme tu n’as rien, tu veux acheter des douceurs par des injures.

ARGYRIPPE. Ce n’est pas ainsi que j’en use.

CLÉÉRÈTE. Ni moi, par Pollux ! jamais je ne te l’enverrai pour rien. Pourtant, puisque c’est toi et que tu nous as fait plus de profit que nous ne t’avons fait d’honneur, si tu me mets là, dans la main, en espèces sonnantes, deux talents d’argent, eh bien, foin de l’intérêt ! et, pour te faire plaisir, je te la donne cette nuit.

ARGYRIPPE. Et si je n’ai pas d’argent ?

CLÉÉRÈTE. Je t’en croirai sur parole, mais elle ira ailleurs.

ARGYRIPPE. Où donc a passé ce que je t’ai donné ?

CLÉÉRÈTE. Oh ! tout est flambé. S’il m’en restait encore, je t’enverrais ta princesse, et ne te demanderais pas une obole. L’air, l’eau, le soleil, la lune, la nuit, j’ai tout cela sans argent ; mais le reste, si je veux l’avoir, il faut l’acheter, et pas plus de crédit que sur la main. Que je demande du pain au boulanger, du vin au cabaretier, s’ils tiennent ma monnaie, ils donnent leur marchandise : c’est aussi notre principe. Nos mains ont des yeux ; elles croient ce qu’elles voient. Le vieux proverbe dit : À mauvais marchand… Tu sais le reste ? alors je me tais.

ARGYRIPPE. Ouais ! c’est ainsi que tu parles, maintenant que tu m’as mis à sec ; mais quand je te donnais, c’était une autre chanson ! et quand tu voulais m’enjôler, quelle langue dorée, quelle bouche mielleuse ! À mon approche, la maison même semblait sourire. Ta fille et toi, disais-tu, vous m’adoriez comme la prunelle de vos yeux. Si j’ouvrais ma bourse, vous étiez là toutes deux suspendues à mes lèvres, et me becquetant comme de jeunes colombes ; je faisais chez vous la pluie et le beau temps. On ne pouvait me quitter ; je n’avais qu’à ordonner, qu’à vouloir, on m’obéissait ; si je défendais ceci ou cela, on se donnait de garde de le faire ; on n’aurait pas même osé l’essayer. Maintenant, perfides, vous vous souciez bien que je veuille ou ne veuille pas !

CLÉÉRÈTE. Vois-tu, notre métier est tout comme celui de l’oiseleur. Quand il a bien préparé son terrain, il y répand des graines. Les oiseaux s’y font. Ah ! c’est qu’on ne gagne rien sans dépense. Ils mangent plus d’une fois l’appât ; mais quand ils sont pris, ils remboursent l’oiseleur. Il en va de même chez nous: notre maison, c’est le terrain ; l’oiseleur, c’est moi ; l’appât, c’est une fille aimable ; le piège, c’est le lit, et les amou-