Page:Pline l'ancien - Histoire naturelle, Littré, T01.djvu/551

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
522
PLINE.


dre leurs pampres qui foisonnent, remplissent de leur vaste développement, sous la direction d’un propriétaire habile, une cour entière. Telles sont les variétés multipliées que présente la seule Italie. Dans quelques provinces la vigne se tient debout sans aucun appui, ramassant ses membres, et devenant épaisse en devenant courte.

<4> En d’autres lieux les vents ne permettent pas ce mode de culture, par exemple en Afrique et dans certaines parties de la Gaule Narbonnaise (II, 46) : empêchées de croître au delà des premiers bourgeons (XVII, 35, 26), et toujours semblables aux plantes que l’on travaille avec le hoyau, elles rampent sur le sol comme des herbes, et pompent par leurs grappes le suc de la terre ; ces grappes, dans l’intérieur de l’Afrique, dépassent en grosseur le corps d’un enfant.

<5> Aucun raisin n’est plus agréable par sa fermeté ; c’est peut-être de là que vient ce nom de duracina qu’il porte. Les variétés, déjà innombrables par la grosseur, la couleur, le goût et le grain, se multiplient encore par les variétés du vin. Là les grappes ont l’éclat de la pourpre, ici le brillant de la rosé, ailleurs un reflet verdoyant. Les grappes blanches et noires sont communes. Les bumastes sont gros comme des mamelles. Les dactyles ont des grains très allongés. La nature, qui se joue, attache à de très grandes vignes de petits raisins doux et d’un goût délicieux ; on les nomme leptorages (grain-menu).

<6> Des raisins durent tout l’hiver, suspendus au plancher par un nœud. D’autres, tout frais cueillis, sont mis, sans plus, dans des vases de terre qu’on enferme dans des tonneaux, et qu’on entoure de marc de raisin tout suant. D’autres reçoivent, de la fumée des forges, la saveur agréable que cette fumée communique aux vins : l’empereur Tibère donna la vogue aux


raisins fumés dans les forges d’Afrique. Avant lui, on servait au premier service les raisins de Rhétie et ceux du Véronais. La dessiccation produite par le soleil a fait donner aux raisins secs le nom qu’ils portent. On confit aussi des raisins dans du moût, et on les enivre de leur propre vin. D’autres, bouillis dans du moût, s’adoucissent.

<7> D’autres restent suspendus sur la tige jusqu’à une nouvelle pousse, aussi transparents que du verre. L’astringence de la poix versée sur le pédicule de la grappe donne aux grains ce corps et cette durée que, mise dans les tonneaux et les amphores, elle donne aux vins. Au reste, on a trouvé un raisin qui, sans apprêt, fournit un vin à saveur de poix ; c’est un raisin célèbre du Viennois (XIV, 4-, 6 ; XXIII, 24) ; les territoires des Arvernes, des Séquanes et des Helves s’en sont enrichis récemment ; il n’était pas connu à l’époque de Virgile, mort il y a quatre-vingt-dix ans.

<8> Ajouterai-je qu’au sein des camps la vigne, dans la main du centurion, est la garde de l’autorité suprême et du commandement ? qu’elle est la récompense opime qui, par un lent avancement, mène du dernier rang jusqu’à l’aigle ? et que, même dans le châtiment des fautes, elle est une distinction ? Les vignobles ont donné aussi l’idée de machines de siège. Quant aux applications médicales, la vigne y tient une place si considérable, qu’a eux seuls les vins sont des remèdes.

[IV] V. IV. (ii.) Démocrite, qui a déclaré connaître toutes les espèces de vignes de la Grèce, est le seul qui ait cru que les variétés pouvaient être énumérées. Les autres auteurs ont dit qu’elles étaient innombrables, assertion qui paraîtra encore plus vraie si on considère les vins. Nous ne parlerons donc pas de toutes les espèces de vignes ; nous indiquerons seulement les plus re-

Texte latin


que superfluitate, peritia domini amolo discursu atria media conplentes. tot differentias uel sola tantum Italia recipit. stat prouinciarum aliquarum per se uitis sine ullo pedamento, arcus suos in se colligens et breuitate crassitudinem pascens.

14 Vetant hoc aliubi uenti, ut in Africa et Narbonensis prouinciæ partibus, ubi excrescere ultra suos pollices prohibitæ semperque pastinatis similes herbarum modo uagantur per arua ac sucum terræ passim uuis bibunt, quæ ob id magnitudinem infantium puerorum in interiore parte Africæ exsuperant.

15 uva non alibi tristiora, sed uua non alibi gratior callo, unde possit inuenisse nomen durus acinus : namque genera magnitudine, colore, saporibus acini innumera etiamnum multiplicantur uino. hic purpureo lucent colore, illic fulgent roseo nitentque uiridi ; candicant enim nigerque uulgares. tument uero mammarum modo bumasti, prælongis dactyli porriguntur acinis. est et illa naturæ lasciuia, ut prægrandibus adhæreant parui comites, suauitate certantes ; leptorragas has uocant.

16 Durant aliæ per hiemes, pensili concamaratæ nodo. aliæ in sua tantum continetur anima, ollis fictilibus et insuper doliis inclusæ, stipatæ uinaceis circumsudantibus. aliis gratiam, qui et uinis, fumus adfert, fabrilisque ; iliaque gloriam præci-


puam fornacibus Africæ Tiberi Cæsaris auctoritas fecit ; ante eum Ræticis prior mensa erat uuis ex Veroniensium agro. quin et patientia nomen acinis dat passis.

17 Conduntur et musto uuæ ipsæque uino suo inebriantur. aliæ decocto in musto dulcescunt, aliæ uero subolem nouam in ipsa matre expectant tralucidæ uitro, additque acinis eandem quam in doliis amphorisue duratricem illam firmitatem austeritas picis infusa pediculo.

18 Iam inuenta uitis per se in uino picem resipiens, Viennensem agrum nobilitans Taburno Sotanoque et Heluico generibus, non pridem hæc inlustrata atque Vergili uatis ætate incognita, a cuius obitu XC aguntur anni. 19 quid, quod inserta castris summam rerum imperiumque continet centurionum in manu uitis et opimo præmio tardos ordines ad lentas perducit aquilas atque etiam in deictis pœnam ipsam honorat ? nec non uineæ oppugnationum dedere rationem. nam in medicaminibus adeo magnum obtinent locum, ut per sese uino ipso remedia sint.

[IV] IV. (ii.) 20 Genera uitium numero conprehendi posse unus existimauit Democritus, cuncta sibi Græcæ cognita professus ; cæteri innumera atque infinita esse prodiderunt, quod uerius apparebit ex uinis. Nec omnia dicentur,