Page:Plutarque - Vies, traduction Ricard, 1829, tome 13.djvu/73

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timide, non seulement à la guerre, mais dans le barreau, ne se présentait jamais pour plaider sans éprouver de la crainte ; et lors même qu'un long usage eut fortifié et perfectionné son éloquence, il avait bien de la peine à s'empêcher de trembler et de frissonner. Quand il plaida pour Licinius Muréna, accusé par Caton, jaloux de surpasser Hortensius, qui avait eu le plus grand succès en parlant le premier pour l'accusé, il passa toute la nuit à travailler son discours, et se fatigua tellement par ce travail forcé et cette longue veille, qu'il parut inférieur à lui-même. Le jour qu'il défendit Milon, quand il vit, en sortant de sa litière, Pompée assis au haut de la place, environné de soldats dont les armes jetaient le plus grand éclat, il fut tellement troublé, que, tremblant de tout son corps, il ne commença son discours qu'avec peine et d'une voix entrecoupée ; tandis que Milon assistait au jugement avec beaucoup d'assurance et de courage, ayant dédaigné de laisser croître ses cheveux et de prendre un habit de deuil : ce qui ne contribua pas peu à sa condamnation : mais, dans Cicéron, cette frayeur semblait moins tenir à sa timidité qu'à son affection pour ses clients.

XXVI. Il fut nommé augure, à la place du jeune Crassus, qui avait été