Page:Poincaré - Au service de la France, neuf années de souvenirs, Tome 10, 1933.djvu/366

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LES OBSÈQUES D’ABEL FERRY


Vendredi 20 septembre.

À dix heures du matin, rue Bayard, obsèques d’Abel Ferry, tué aux armées. Je m’y rends avec Duparge, rentré cette nuit de vacances. Déploiement de troupes dans la rue. Marseillaise à mon arrivée et à mon départ. Le corps a été placé sous un grand catafalque de tentures noires, disposées dans la cour de l’hôtel.

Mme Jules Ferry, tante du mort, est très émue. Seul, René Renoult prononce un discours, d’ailleurs excellent. La cérémonie est exclusivement civile.

Millerand, très cordial, me dit que Clemenceau donne trop l’impression de croire à une victoire rapide. Il ne faut pas laisser l’opinion publique concevoir des espérances prématurées. Nous ne sommes pas encore au bout et nous devons tout faire pour ne pas nous lasser avant la fin. Millerand ajoute que son fils aîné, qui s’est engagé, est à l’hôpital avec un point aux poumons.

M. Montés, ministre de Bolivie, me remet ses lettres de créance.

M. de Fontenay, notre ministre en Serbie, venu en France avec M. Pachitch, m’apprend que les Serbes sont très préoccupés de la question yougoslave. Ils ne voudraient pas que l’Entente s’engageât à faire un État yougoslave indépendant. Ils réclament le plébiscite, avec la conviction que les Yougoslaves catholiques demanderont eux-mêmes à se réunir aux Serbes orthodoxes. Fontenay doute que les 35 000 Yougoslaves prisonniers en Italie pussent être cédés à l’armée de Salonique. Il ne comprend pas la résistance du gouvernement italien. Les Serbes désireraient également que l’Amérique déclarât la guerre à la Bulgarie. Fontenay insiste pour que le gouvernement français conseille à Pachitch la formation d’un ministère de coalition.