Page:Poincaré - Au service de la France, neuf années de souvenirs, Tome 5, 1929.djvu/127

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à la tête du VIIe corps reconstitué et de quatre divisions de réserve, s’est solidement rétabli depuis avant-hier à Thann, à Cernay et à Dannemarie ; il a continué à progresser dans la journée d’hier et il va essayer de reprendre Mulhouse.

Tous ces renseignements ne nous sont donnés par le commandement en chef que sous le sceau du plus grand secret. La classification des armées, leur emplacement, les noms des généraux qui les commandent restent pour le public un mystère impénétrable. Les communiqués officiels sont, à cet égard, d’une discrétion systématique. La France n’a jusqu’ici que des défenseurs anonymes. Le grand quartier général craint que la publicité ne flatte les ambitions et n’excite les jalousies. Peut-être cependant ce silence obligatoire enlèvera-t-il à certaines vertus militaires un stimulant et une récompense. Je veux bien que la renommée soit un luxe, mais c’est un luxe dont il n’est pas toujours bon de priver ceux qui combattent pour ’le salut du pays.

En Belgique et dans le grand. duché du Luxembourg, les Allemands paraissent disposer de douze corps d’armée, dont sept groupés au sud de Liége et les cinq autres massés aux environs d’Arlon. Ils avancent, avec les trois armées, dans la direction de Namur et de Givet. Pour assurer notre liaison avec l’armée belge, nous avons jeté de la cavalerie jusqu’à Fleurus, où elle aura retrouvé les souvenirs du maréchal de Luxembourg et de Jourdan, mais à notre frontière et sur la Chiers, nous n’avons pas encore bougé.

Soixante-cinq mille Anglais sont déjà réunis autour du Cateau, mais ils ne marcheront pas avant qu’aient débarqué en totalité les premiers