Page:Potier de Courcy - Nobiliaire et armorial de Bretagne, 1890, tome 1.djvu/11

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INTRODUCTION

nobiliaires les plus audacieuses, un tableau complet de l’aristocratie bretonne, depuis ses commencements jusqu’à nos jours, aurait au moins le mérite de l’opportunité, et nous sommes fondé à croire, qu’en n’admettant dans notre travail que des faits prouvés par actes authentiques ou puisés à des sources toujours indiquées, nous aurons contribué, autant qu’il était en notre pouvoir, à rétablir la vérité si souvent altérée par de fausses et vaniteuses prétentions, que le ridicule ne suffit pas toujours à arrêter.

Si ces usurpations ne peuvent plus préjudicier aux intérêts généraux, il n’en a pas toujours été de même, et, à différentes époques, les souverains faisant droit aux justes doléances de ceux de leurs sujets sur lesquels retombait la charge de l’impôt, ordonnèrent des Réformations ou recherches des usurpateurs de noblesse[1].

Ces recherches avaient pour but de découvrir les personnes qui s’étaient indûment affranchies du paiement des fouages, tailles, subsides et autres levées de deniers, dont la noblesse était exempte à cause de son obligation du service militaire.

En interrogeant dans chaque paroisse des témoins choisis parmi les collecteurs, fabriqueurs ou autres paroissiens, les commissaires parvenaient à établir, d’après la notoriété publique, le rôle des personnes et des terres sujettes à l’impôt.

De là une meilleure répartition des charges entre les contribuants, dont le nombre s’augmentait de tous ceux dont les droits à l’exemption étaient mal fondés. D’un autre côté, les souverains, qui profitaient des amendes dont on frappait les usurpateurs, trouvèrent dans ces mesures une source de revenus dont ils n’abusèrent que trop souvent.

La première réformation connue en Bretagne fut commencée en 1423, sous le règne du duc Jean V, et continuée pendant plusieurs années dans les neuf évêchés.

Une nouvelle recherche générale eut lieu sous le duc François Ier en 1440 et son successeur Pierre, et se continua jusqu’en 1483 pour les évêchés de Rennes, Nantes, Saint-Malo et Dol.

La reine Anne, sous l’autorité de Louis XII, en ordonna une autre en 1513, qui fut effectuée dans les évêchés de Rennes, Nantes, Saint-Malo, Vannes, Saint-Brieuc et Dol et dans quelques paroisses de Tréguier.

François Ier fit réformer, de 1535 à 1543, les évêchés de Saint-Brieuc, Vannes, Cornouaille, Léon et Tréguier

Enfin, Louis XIV, à l’instigation du grand Colbert, ordonna une recherche générale pour toute la France.

Cette mesure, venant dans notre province après une longue paix qui avait succédé aux troubles religieux du XVIe siècle, devait atteindre surtout deux classes de personnes : les pauvres gentilshommes ruinés par les guerres de la Ligue, et mis dans l’impuissance pécuniaire de faire à leurs frais les recherches nécessaires à la production de leurs titres dispersés, sinon détruits, et les bourgeois enrichis par le

  1. En 1579, Noël du Fail, conseiller au parlement, dans une épitre aux États les exhortait à supplier le Roi : « que bons et véritables commissaires, gens choisis, soient députez pour chercher et vérifier les usurpations que quelques particuliers ont faictes depuis cent ans sur vostre noblesse ; chose qui revient a la grande foulle et oppression des pauvres gens du Tiers-État, sur le dos desquels passe tout le faix et charge des tailles et impositions, etc. »