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XXVII
PRÉFACE

(Anoblissements, reconnaissances de noblesse et lettres de naturalité, rendues par le conseil du Roi), et l’inventaire des titres de la chambre des comptes de Nantes, dit de Turnus Brutus, rédigé en 1574.

Les archives de l’Empire nous ont fourni les chartes de ratification du traité de Guérande en 1380 et 1381, avec leurs sceaux originaux, et la nomenclature générale et officielle des personnes admises aux honneurs de la cour depuis 1731.

Nous avons compulsé à la bibliothèque de l’Arsenal les preuves de Malte du grand prieuré d’Aquitaine, et un recueil de 1800 écussons coloriés des principales familles de Bretagne, composé vers la première moitié du XVIIe siècle, et qui nous a fourni les armes de beaucoup de familles éteintes avant la réformation et omises par Guy le Borgne. Nous n’avons eu garde de négliger, à la Bibliothèque impériale, le précieux portefeuille de M. de Gaignières, gentilhomme de Mlle de Guise et précepteur des fils du grand Dauphin, célèbre antiquaire qui fit don en 1711 à la bibliothèque du Roi de ses manuscrits contenant la description et les dessins d’un grand nombre de monuments, de sceaux et de tombeaux ; enfin l’immense collection du portefeuille des Blancs-Manteaux, comprenant les éléments du IVe volume de preuves que D. Morice se proposait en 1746 de donner à la grande histoire de Bretagne des Bénédictins. Après avoir indiqué ces documents officiels, nous dirons deux mots des documents apocryphes que nous avons repoussés, malgré la faveur dont ils jouissent auprès des intéressés. Ainsi, dans les 90 volumes du fonds des Blancs-Manteaux, non plus que dans le fonds du cabinet du Saint-Esprit, on ne trouve l’original d’une célèbre charte fréquemment invoquée, relatant les noms et le rang assigné aux neuf évêques, aux neuf barons, aux bannerets et aux bacheliers de Bretagne, au soi-disant parlement assemblé à Nantes en 1057 par le très-excellent prince Endon ou Yvon. La raison en est fort simple, c’est que cette pièce est fausse, ce qui l’a fait rejeter par les Bénédictins. Elle a cependant été publiée en 1638 à la suite de l’Histoire de Pierre Le Baud, d’après une copie qui paraît écrite il y a plus de trois cents ans, dit d’Hozier.

Nous ferons observer aux défenseurs de cette charte que D. Morice remarque avec raison[1] que ce ne fut que depuis 1400 qu’on parla des neuf grandes baronnies de Bretagne, correspondant aux neuf évêchés. Avant cette époque, on ne possède aucun acte qui puisse servir à éclaircir cette question, car La très-ancienne Coutume, rédigée vers l’an 1330, ne s’explique ni sur la consistance, ni sur le nombre des baronnies. D. Morice ajoute que l’auteur de la Chronique de Saint-Brieuc, composée en 1400, admet pour la première fois l’existence des neuf barons, dont le rang aurait été réglé par le duc Alain Fergent en 1077, et non plus par un duc Yvon ou Eudon en 1057 ; mais que l’acte rapporté dans cette chronique n’est pas marqué au coin des véritables chartes de ce duc. On peut, en outre, se convaincre que la charte française attribuée au duc Yvon en 1057 n’est que la traduction littérale de la charte latine attribuée au duc Alain-Fergent en 1077. Seulement, la charte latine fabriquée en 1400[2] s’arrêtait aux noms des prélats et des barons ; le traducteur

  1. D. Morice, Histoire de Bretagne, t. II, Preuves, préface, pages 24 et 25.
  2. Conférez le texte latin donné par D. Morice, t. II, préface, p. 25, avec la traduction française dans les mémoires publiés par d’Hozier a la suite de l’Histoire de Bretagne, de Pierre Le Baud, page 201.