Page:Potvin - Le Français, 1925.djvu/181

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
167
LE FRANÇAIS

ses bras nerveux et, chargé de son fardeau, grimpa dans l’embarcation penchée au point que de l’eau passa par-dessus le rebord. Cela ne dura qu’une minute. L’on applaudit à tout rompre le bel exploit de Jacques Duval.

Léon Lambert qui musardait en haut du talus en attendant son tour de promenade, perçut toute la scène. Il vit Marguerite et Jacques tous deux dans le cajeu, ruisselant, la jeune fille revenant de l’inconscience où l’avait plongée son immersion subite. Il ne laissa rien voir, mais il ressentit à cet instant un sentiment irrésistible de dépit. Un premier sursaut de jalousie lui martela soudain le cœur à grands coups, comme frappait la lourde masse de merisier de Jean-Baptiste Morel sur les piquets de clôture pour les enfoncer en terre. Le dépit lui incendia le cœur et il en sentit les flammes lui échauffer le cerveau. Les forces vives de sa nature délicate et douce le soulevèrent, un instant, contre ce renégat de la terre qui se jetait ainsi à la traverse de son bonheur et se permettait de jouer au héros pour enlever plus facilement les jeunes filles à l’amour du sol natal. Léon Lambert s’aperçut qu’il était vraiment amoureux de Marguerite Morel. Il lui sembla remarquer pour la première fois la longue chevelure blonde de la jeune fille, ses grands yeux d’un bleu si profond. Et il la savait encore plus douce et plus vaillante que belle. Involontairement, il sentit des trépidations par tout son être, mais il réprima sa colère…