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LE FRANÇAIS

Maintenant le soleil, avant de disparaître derrière les collines, s’amuse à appliquer sur les écorces des bouleaux d’ardents baisers et de fourmillantes traînées d’or qui font ressortir davantage les boursoufflures brunes des lenticelles.

Les préparatifs du départ traînèrent ; l’on mit moins d’entrain à enfermer dans les paniers les vaisselles et les restes des victuailles, que l’on en avait mis, le matin, à les sortir. L’on s’amusa encore un brin à quelques jeux innocents. Des jeunes filles traversèrent le pré pour aller cueillir des cerises afin d’en rapporter des paniers à ceux qui étaient restés à la maison. Tant et si bien que lorsque l’on se mit en route pour le village, le soleil avait enfin disparu derrière les collines et l’ombre avait envahi la coulée. Les hauteurs offraient encore quelques points lumineux et des lambeaux de pourpre demeuraient suspendus dans les cimes des arbres, envoyant des reflets aux plus petites éminences, aux moindres saillies. Un instant, sous un dernier rayon égaré, l’on crut que les ruines du vieux campe, au milieu du pré, étaient en feu. En haut des collines, la lumière, derrière les taillis, dessinait des sveltesses, des dentelures, des ajourements de clochers.

Ce fut à la nuit presque jaillie que d’un pas rapide et tapageur, les jeunesses rentrèrent au village, les garçons portant les paniers vides.