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Page:Prieur - Notes d'un condamné politique de 1838, 1884.djvu/137

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NOTES D’UN CONDAMNÉ POLITIQUE.

ment dura jusqu’au premier du mois de mai. Pendant tout ce temps, nous prîmes, de nous-mêmes, les meilleures dispositions en notre pouvoir pour nous mettre à l’abri du froid, en faisant usage de tout ce qu’on laissait à notre disposition des effets contenus dans nos valises. Nous adoptions tous les moyens possibles de propreté, et, de cette sorte, nous réussîmes à nous débarrasser, plus ou moins et petit à petit, de la vermine apportée du Buffalo.

Le 13, après avoir passé par les mêmes vicissitudes que la veille, on profita de la circonstance d’une seconde journée de pluie, qui interdisait l’ouvrage extérieur, pour nous faire passer par un procédé qui achevait de nous confondre avec les scélérats. On nous fit mettre en rang, et les employés de l’établissement, l’un portant un pot de peinture noire, l’autre un fer à marquer, parcoururent nos rangs en marquant nos habits sur le dos, les jambes, les bras et la poitrine avec les lettres de la servitude pénale : ces lettres L B étaient les initiales du nom de l’établissement que nous habitions Long-Bottom.

À la suite de cette cérémonie, nous rentrâmes dans nos petits logements, pour y dévorer à notre aise la honte dont on nous couvrait. Il y avait parmi nous trois vieux miliciens de 1812 : l’un d’eux, qui avait combattu à Châteauguay et qui n’avait pas reçu les récompenses et distinctions promises, lesquelles n’ont été accordées que depuis, aux survivants de cette époque, montrait une douleur extraordinaire de se voir