ainsi bigarré de la livrée des forçats : — « Soyez donc content, lui répondit l’un de nous avec l’amertume de l’indignation, c’est la décoration qu’on vous promettait, votre croix d’honneur. »
Dans l’après-midi, le temps s’étant mis au beau, le surintendant de l’établissement, qui se nommait Baddly, nous donna l’ordre de nous préparer à nous rendre au chantier ; ce que nous fîmes de suite, sous la direction des gardiens et la surveillance d’une escouade de soldats sous les armes.
Munis de pics, de pelles, de marteaux et de brouettes, nous partîmes pour le champ de nos opérations. Notre chantier était situé à environ vingt-cinq arpents de nos logements, sur le bord d’une petite baie de la rivière Paramata. Notre besogne consistait à préparer le macadam des grandes routes voisines ; on mit les uns à extraire la pierre de la carrière, les autres à la transporter à la brouette, et les autres enfin à la casser sur les tas qu’on en formait à cet effet. Comme l’un des plus jeunes et des plus vigoureux, je fus mis à la brouette, et j’assure au lecteur que je m’acquittais en conscience de ma tâche ; je trouvais même du plaisir à bien travailler et à accomplir les devoirs de mon triste état. Je ne crois pas que le gouvernement ait de reproches à nous faire de ce côté, nous avons bien et dûment gagné le mauvais pain et la mauvaise viande qu’on nous donnait.
Vers les six heures, nous reçûmes l’ordre de ramasser les outils et de nous réunir en rangs,